15 octobre 1999 - (Pékin)

Bonjour tout le monde,

Un peu de mal à avoir les idées claires car j'ai tout le sang qui me descend au cerveau.

Normal me direz-vous puisqu'étant arrivé à Pékin, j'ai désormais la tête à l'envers.

Premières impressions :

"Penser à me rapporter comme souvenir un réacteur."

Bah! oui, un des premiers panneaux publicitaires à la sortie de l'aéroport vante les mérites des moteurs Pratt & Whitney, je suppose qu'il s'agît d'une spécialité locale, il me faudra donc en ramener un.

Ensuite, envisager d'aller VRAIMENT en Chine !

La vraie, celle de Marco Polo.

Engagez-vous, rengagez-vous qu'ils disaient, on me promet du dépaysement, et finalement j'ai l'impression d'atterrir dans le treizième arrondissement, même le taxi c'est une citroën. J'arrive à Pékin en passant par la plus grande avenue et je retrouve pêle-mêle Mac Donald, Pizza Hut, les bandeaux publicitaires pour Sun, IBM, Canon et toute la clique.

D'ailleurs en parlant de taxi, signalons toutefois une particularité locale : le Klaxon, d'usage répandu ici, n'est pas sexiste, il veut tout aussi bien dire : "Gare à tes fesses papy !" que "Gare à tes fesses mamy !"

Les règles de la circulation routière semblent, soit ne pas avoir été entièrement finies, soit n'ont pas encore été imprimées, ou alors, si c'est le cas, semblent présenter quelques lacunes. Cela vaut aussi pour les piétons, les plus joueurs n'hésitant pas à faire évoluer des cerfs-volants juste au dessus d'avenues à huit voies.

Donc, le taxi me dépose devant le Full Link Plaza qui abrite les bureaux d'Air France où je dois retrouver mon hôte Manivanh (ne vous y trompez pas, son prénom n'est pas chinois et elle débarque de France où elle a passé une bonne partie de sa vie. Tout ça pour préciser que l'accueil ne souffre pas trop de mes lacunes en chinois).

Débordée de travail, c'est finalement Grégory, un stagiaire, qui m'accompagne déposer mes affaires chez elle. Juste le temps d'ouvrir mes bagages et de faire une courte ballade dans le quartier ; de retour à l'appartement je fais connaissance avec Carole, elle aussi originaire de France comme son prénom le laisse supposer et qui travaille depuis quelques années déjà à Shanghai. Elle était jusqu'à hier soir de passage à Pékin et est repartie tôt ce matin.

(Rencontre qui tombe bien puisque je pensais justement faire une escapade à Shanghai pour, entre autres choses, y rencontrer une responsable d'UBI soft en Chine. Et bien, le croirez-vous, Carole a justement un copain qui travaille aussi chez UBI à Shanghai. Le monde n'est pas petit, non, non, il est ridiculement minuscule.)

Donc pour en revenir à cette soirée. Elle s'est déroulée dans la plus pure tradition chinoise.

Nous étions conviés chez François qui habite à quelques pâtés de maisons d'ici.

Pauvre garçon, il vit dans un taudis. Songez donc, la télé n'est pas au format 16/9 ce qui est parfaitement ridicule pour apprécier correctement la diffusion d'un disque sur le lecteur DVD (une honte de traiter des gens ainsi je vous dis).

Finalement on s'est rabattu sur des crêpes maison (clin d'oeil tout particulier à Ralph et Erwan) aux champignons, lard, jambon et fromage.

Le plat traditionnel en somme.

Ce soir on remet ça avec cette fois une raclette. Oui, oui, une comme chez nous.

Bon, aujourd'hui, direction l'incontournable cité interdite.

A+ bande d'occidentaux débridés.

16 octobre 1999

Salut,

Comme promis, ce fut la cité interdite. Fred, les quelques 308 énormes vases de bronze servent de récipients pour l'eau destinée à combattre les incendies.

Et comme prévu aussi, la raclette suivie, surprise, d'un excellent gâteau au chocolat préparé devant nous. Comité très réduit, à part François, notre hôte présenté hier, Manivanh, et votre serviteur, il y avait seulement Jean-Paul, Marion, Salma, Yoann, Catherine, Sophie, Alexandre et Séverine.

ZUT! Toujours pas moyen de pratiquer mon chinois. C'est sûrement préférable car après m'être fait jeté comme un malpropre de deux taxis successifs faute de pouvoir leur donner l'adresse dans leur langue natale, j'ai finalement été contraint de me rabattre sur la version modernisée - 'moderne' serait abusif - du pousse-pousse qu'on pourrait désormais appeler tire-pédale puisqu'il est question d'un tricycle bâché à traction - le cycliste est à l'avant - avec une banquette deux places forcément donc à l'arrière.

Ce doit être charmant... quand il fait beau, seulement l'automne vient brusquement de tomber sur Pékin et bien qu'habillé d'un pull et d'une écharpe acquise avec lucidité (ET... 80 yuans, ben oui, faut tout de même pas déconner, ma seule clairvoyance ne leur suffit pas, ça ne paye pas le riz) le matin même au marché de la soie, à 19 heures, la nuit a déjà recouvert la ville depuis une bonne heure et le froid accentué par un léger vent insistant rend la balade modérément réjouissante. Mais enfin bon, le plaisir de la découverte et le parcours dans les petites rues obscures limite ambiance coupe-gorge (c'est pas interdit de se faire du cinéma !) compensent ce léger désagrément.

Clin d'oeil à Isabelle, 'Nirhao ma' comme disait Alice (si c'est un gros mot, tu ne peux t'en prendre qu'à elle, mais je suis bien certain que non ;-) comme tu peux le deviner après ce que je viens d'écrire, l'apprentissage du chinois me paraît être un des meilleurs investissements que tu puisses faire car même à Pékin qui accueille ou voit passer bon nombre d'étrangers, l'anglais semble être justement étranger - c'est le cas de le dire - aux autochtones, y compris ceux qui sont un minimum à leur contact.

Ah! oui, j'allais oublier, en revenant, j'assiste à un spectacle amusant, qui se répète probablement chaque jour et qui rassemble une petite foule de curieux. De la cité interdite, sort un peu avant la nuit, une cohorte d'une trentaine de soldats. Ils traversent l'avenue monumentale d'une dizaine de voies de large qui les séparent de la tristement célèbre place Tiananmen où se dresse un drapeau bien esseulé tout en haut de son mât, ce qui a pour conséquence de bloquer une première fois la circulation pendant cinq bonnes minutes (sont pas pressés, ce sont des militaires). Le flot de véhicules reprend sa course pendant que le symbole national est descendu solennellement (et donc lentement car je n'ai jamais rien vu qui soit solennel et rapide, et ce, quelque soit le pays ou la culture concernée) puis on arrête à nouveau la circulation (faudra leur expliquer le concept des passages piétons aux soldats, y a pas de raison) et ils rentrent sagement dans leur casernement par la porte principale de la cité. On se serait cru sur la place rouge pour la relève de la garde mais avec ici un peu plus de figurants, faut dire qu'ils ont les moyens ! Ils sont plus à deux bonhommes de plus ou de moins.

18 octobre 1999

Salut,

Programme pour cette journée, une petite balade dans l'hutong (prononcer oodong) de Dazhalan (prononcer comme bon vous semble car de toute façon je ne suis pas là pour vous reprendre). Une hutong désigne un vieux quartier. Et à Pékin, il vaut mieux profiter des derniers qui restent car ils disparaissent très vite au profit de constructions clinquantes et dotées des technologies les plus récentes. C'est simple, l'avenue principale qui coupe d'un trait impeccable la ville est bordée presque exclusivement d'étincelants bâtiments hyper modernes dans son prolongement à l'est.

Première étape, se procurer des vélos. On se rend chez Stéphanie qui, partie en vacance, ne verra pas à redire sur l'emprunt de sa bicyclette.

Manivanh décide enfin qu'il est temps pour elle d'en acheter une, un quidam qui flâne nous indique un marchand tout près (comprendre deux bons kilomètres, il faut savoir relativiser). Pour y aller, nous traversons le marché russe. Peu de différences par rapport à un marché chinois si ce ne sont peut être quelques échoppes vendant des vêtements de fourrure et surtout les inscriptions en cyrillique sur les frontons des boutiques. Au pire un restaurant au nom de Mockba (Moscou en russe) nous conforte quant à la communauté qui donne son identité au quartier.

Un passant me prend pour un Russe. (Décidément, pris pour un Palestinien à Tel-Aviv, pour un Russe à Pékin, que me réserve Sydney ? Dois-je m'attendre à y passer pour un Mexicain ? )

Nous croisons un spectacle cité pour être courant à Pékin, à savoir des coiffeurs qui oeuvrent directement sur le trottoir avec pour tout matériel un tabouret pour le client et leur paire de ciseaux.

Le vélo acheté, nous rejoignons François et Joëlle. Cette dernière vient juste d'arriver en Chine. Il nous faut donc lui procurer aussi un vélo.

Nous avons la chance de trouver assez rapidement un réparateur ambulant ayant pignon sur trottoir qui nous loue un VTT un peu défraîchi. Dîtes donc, oui vous là, avant de critiquer, vous voudriez tout de même pas une Rolls pour 10 Yuans (7 Francs 50 la location pour le reste de la journée, c'est pas volé ! )

Bon d'accord, faudra faire avec une seule pédale et sans Klaxon (Argh! l'article indispensable dans cette ville), mais en tout cas tous les rayons sont au rendez-vous dans le cas présent (n'est ce pas Xavier ? Suivez mon regard ;-)

Finalement, galanterie oblige et surtout hauteur de selle me désignent comme l'heureux bénéficiaire de l'objet.

Nous voilà enfin partis à vive allure vers l'hutong pour laquelle nous devons traverser presque toute la ville.

Je n'arrive toujours pas à départager si ce qui caractérise le plus une hutong est l'étroitesse de certaines de ses ruelles ou la nauséabonde odeur d'urine qui se dégage systématiquement des toilettes publiques que l'on croise régulièrement (trop), bon nombre de maisons dans ces vieux quartiers ne possèdent pas de sanitaires. Notez que c'est purement une question de goûts (beurk!) car ces effluves n'ont rien à envier aux gaz d'échappements, surtout quand on pédale juste dans le sillage des vieux cars publics.

Une particularité dans la hutong est que même les plus modestes passages abritent des commerces et des services, certes à l'échelle de l'endroit mais qui s'apparentent tout à fait à nos petites épiceries de quartier, il suffit juste d'imaginer une superficie divisée par dix et certainement plus, ce qui n'autorise au final qu'une fenêtre qui fait office de comptoir.

Ah! au fait, arrêtez les fantasmes, contrairement aux idées reçues, on ne croise pas d'énormes rats dans ces ruelles. (Ils sont pas fous, ils se planquent parce qu'ils savent bien que sinon ils finissent dans la marmite d'un restaurant.) Malgré tout, après cela, j'ai pris la résolution ferme et définitive de continuer à circuler uniquement en vélo pendant le reste mon séjour, ainsi je n'aurais pas à me battre contre les chauffeurs de taxi peu coopératifs. Enfin bon, je dis ça mais peut être demain mon postérieur et mes cuisses en auront-ils décidé autrement ;-)

Bon, c'était une bien sympathique sortie, on rentre et on dort ?

NON! 23 heures, Manivanh m'emmène dans une boîte à la mode (on évitera, par politesse, de demander à la mode de quelle année).

Non, je suis mauvaise langue, en réalité la boîte peut largement rivaliser avec les établissements occidentaux, y compris dans la pauvreté des mélodies diffusées et l'apparente tristesse, où tout au moins la gravité, qu'exprime la majorité des visages.

Ce qui me poussait à la moquerie, c'est la vedette de la soirée, venue de Taïwan (tient ! Ils ne les jettent plus directement dans les camps de rééducation de nos jours ? Ah je vous jure, il y a du relâchement dans ce pays, c'est terrible le laxisme de l'administration. Et pourtant ce n'était pas les effectifs qui faisaient défaut puisque quatre policiers se tenaient aux abords de la scène tandis que d'autres étaient comme de faction dans les différents recoins de la salle).

Donc, pour en revenir à cette jeune star asiatique aux cheveux blonds (décolorés ?), que dire de sa chorégraphie à base de smurf, style musical sur lequel on dansait (chut! Les fous rires sont prohibés, y a prescription) avec mes camarades de lycée dans les boîtes londoniennes il y a plus de quinze ans.

Finalement à chacun son calvaire, nous avons les 2be3, ils ont ça ! La mondialisation, c'est vrai que c'est parfois critiquable :-)

Chinoisement vôtre,

P.S. : n'en déplaise à certaines mauvaises langues, mon arthrite et mon pacemaker ne m'interdisent pas encore l'entrée dans les boîtes de nuit.

19 octobre 1999

Comme promis, il ne pleuvait pas, il ne neigeait pas plus, j'ai donc enfourché ma bicyclette.

Visite rapide dans un musée qui n'intéresse que moi, par conséquent pas de commentaire (eh! non raté, il n'y pas de musée sur les épaulards à Pékin, c'est encore autre chose).

Direction les hutongs pour un grand détour avant de regagner l'appartement. En chemin, j'en profite d'ailleurs pour passer par l'agence d'Air China pour changer mon plan de vol (c'est maintenant décidé, je fais une halte éclair de deux jours à Shanghai avant Sydney, c'est justement sur le trajet). Les vastes locaux présentent un comptoir équipé de pas moins de 20 terminaux et de 6 caisses. Débauche éhontée de moyens alors qu'il n'y a au total que trois employés. Leur anglais étant pire que le mien (si! si! faut croire que c'est possible), il est quasi miraculeux que nous nous soyons compris (enfin, je préfère le croire jusqu'au moment du départ car sinon mes prochains mails risquent fort de venir de la province de Shandong si toutefois l'Internet est arrivé jusqu'à eux, ou pourquoi pas de Chanac, ce qui m'assurerait un retour quelque peu anticipé, bien que je doute que cette commune dispose d'un aéroport international).

En chemin, dans ce qui est doit être la seule ruelle en descente de tout Pékin (au moins 2% la pente, c'est dire les risques encourus), ma force herculéenne appliquée sur le seul frein à peu près valide de mon engin a pour effet de casser net le câble, m'entraînant dans une folle course (15 km/h au bas mot). Une bonne dose de sang froid et surtout une bonne paire de baskets me sauve d'une fin certaine. (Tu apprécieras Erwan, avant même que d'être en Australie, inconsciemment, et probablement aussi inconscient que je suis d'utiliser un tel casse-gueule, je fais des efforts pour me démettre une épaule ou n'importe quoi d'autre d'ailleurs.)

Parcourir les hutongs à la tombée de la nuit sur un vélo avec un air de Vivaldi dans les écouteurs, une bouteille du Fanta local dans une main et privé de freins, c'est tout bonnement... Génial !

En fait de parcourir, je devrais dire 'sillonner'. Je les ai traversé du nord au sud et de l'ouest à l'est un peu dans tous les sens.

Qui plus est, l'heure avancée était cette fois-ci plus propice aux odeurs de grillade, les barbecues de fortune florissant un peu partout devant les murs des ruelles pour y cuire des brochettes aux parfums tentateurs.

La tentation aura, au moins pour cette fois, été freinée par la raison ou tout au moins la suspicion, les commentaires de François sur son intoxication après avoir cédé ayant été plus que dissuasifs.

Je ne peux quand même résister à l'envie de goûter une sorte de galette ressemblant à un pain turc, plat et rond, mais plus grand, constituée de plusieurs épaisseurs dont consistance et goût s'apparentent un peu à une bonne grosse crêpe bien élastique. Je tends deux kuais à la vendeuse pour en avoir un morceau estimant que cela devrait être suffisant. Non seulement elle m'en sert un beau morceau mais en plus elle me rend un kuai de monnaie. (Le kuai, bande d'ignares, est au yuan ce que le buck est au dollar, grosso modo ; ça se voit que vous êtes pas d'ici ;-)

C'est encore chaud et pas mauvais du tout. Malheureusement il est dit que la perfection n'est pas de ce monde : je n'ai pas le moindre carré de chocolat à me mettre sous la dent pour parfaire cet encas.

Constat qui n'a rien à voir avec ce qui précède : les cheveux pékinois doivent pousser plus vite qu'ailleurs si j'en juge par le nombre ahurissant de salons de coiffure.

Malgré l'incitation, j'attendrai avant de me faire tondre :-)

21 octobre 1999

Ni hao,

Entre nous, tout est fini !

Non, rassurez-vous, il n'est point question de nos relations, c'est juste une tirade empruntée à Carmen.

Hé oui ! Le premier opéra auquel j'assiste et il aura fallu que j'aille tout simplement à Pékin pour ce baptême.

Si on fait exception des trois rôles principaux, la distribution était exclusivement chinoise, y compris et surtout les enfants qui répètent "La tête haute" en choeur de superbe façon.

Aspect quelque peu singulier de la représentation, une sorte de bandeau horizontal situé au-dessus de la scène sert de cible à un rétro projecteur pour y diffuser une traduction anglaise quelque peu édulcorée tandis que deux autres disposés cette fois verticalement de part et d'autre de la scène servent de supports à la version chinoise qui s'imprime à l'identique sur la droite et la gauche. (Et là vous me pardonnerez mais je ne serais en mesure de vous donner un avis objectif sur la qualité de la traduction chinoise.)

"Pourquoi aucun Chinois au balcon ? " se demande naïvement Manivanh.

Je me dois de lui expliquer.

Les Chinois sont victimes, au moins à L'Opéra, de deux tics : en premier ils n'arrêtent pas de bouger pour changer de place, en second, ils se penchent le plus possible en avant pour, le croient-ils ?, mieux voir la scène.

Résultat, quand, à tour de rôle, ils occupent les rangs les plus avancés du balcon et qu'ils commencent à se pencher, forcément, ils tombent. Et comme le bruit de la chute et du dur contact avec les spectateurs en bas est couvert par les voix des chanteurs, personne n'est conscient du drame avant la fin de la représentation, si ce n'est peut être quelques ambulanciers qui profitent de l'entracte pour faire un peu le ménage.

(C'était l'explication du Professeur Rollin.)

Qui a dit que je n'étais pas capable de faire des étincelles ?

Mardi soir en voulant juste éteindre la lumière, j'ai fait sauter l'électricité dans l'appartement.

Avant de partir, je tente la ville entière.

C'est un ch'tit peu ambitieux mais faut savoir s'amuser !

(Faut juste que j'oublie pas de recharger la batterie de mon portable avant.)

C'EST FAIT ! JE L'AI VU, JE L'AI MÊME PARCOURU !

QUOI ? LA GRANDE MURAILLE BIEN SÛR !

Pas moins de trois heures de route pour faire les 120 km qui me séparent du site le moins fréquenté parmi les trois aménagés pour découvrir et arpenter le grand mur au nord de Pékin, j'ai nommé Simatai (prononcer Sumataï).

Probablement aussi le plus impressionnant du coin (en tout cas ce que prétend le Lonely et ça me fait plaisir de le croire) car la construction y est haut perchée qui serpente sans fin sur les arrêtes des collines.

Car, il faut bien le dire, c'est bien cela qui me paraît le plus vertigineux, outre la longueur démesurée de l'ouvrage, il faut constater de ses propres yeux le labeur insensé que cela a représenté d'édifier cette barrière artificielle sur une multitude de sommets désertiques, alternés ça et là de vaux et de plaines produisant de redoutables dénivelés sur lesquels les architectes ont pu parfois rigoler deux minutes pour déterminer quelle serait la réponse appropriée. Dans le cas d'un petit décrochage du relief, l'idée a été par exemple de faire aboutir le chemin de ronde à hauteur du deuxième niveau d'une tour et de le faire repartir de l'autre côté à la hauteur du premier niveau, en ajoutant le cas échéant un petit escalier de pierre supplémentaire, simple mais encore fallait y penser. C'est un cas parmi tant d'autres car l'ensemble ne constitue pas une courbe uniforme. On peut emprunter un passage de deux mètres de large et bordé de murets un instant et la minute d'après se retrouver sur une minuscule rangée de pierres taillées d'une vingtaine de centimètres de large à peine sans aucune protection avec pour seule perspective un redoutable (et redouté) à-pic au moindre faux pas, et sans vouloir verser dans le mélo, ces pierres ne sont pas toutes bien scellées et la poussière accumulée les rend particulièrement glissantes. Non ! casse-gueule, oui, c'est plutôt ça, on va dire casse-gueule. (C'est aussi un des attraits de ce site où le touriste n'est pas surprotégé. Euh! ... n'est même pas protégé du tout d'ailleurs.)

Si ça n'était pas suffisant pour faire monter l'adrénaline, un panneau écrit en chinois et en anglais précise que le reste du chemin est fortement déconseillé, pour ne pas dire interdit, ce qui, crétins que nous sommes tous, ne décourage absolument personne. J'étais même affectueusement amusé de voir une grand mère chinoise vêtue de tennis et d'une casquette (sûrement une fan des Bulls de Chicago) faire la ballade de bout en bout avec une célérité qui en laisserait plus d'un sur le carreau, et toujours avec le sourire.

... Un ciel bleu immaculé et un soleil étincelant (il faisait chaud ; pas de requin ! Pas fous les requins : eau trop chaude, ils se baignent pas les requins - dixit Timsit - ).

L'occasion était trop belle pour hésiter à lézarder, étalé sur le muret défait de la terrasse d'une tour de garde. La muraille gui se perd au loin, très loin, vraiment très très loin ; non ! Encore plus loin... Oui c'est ça ! ... dans les collines. Par moment un léger souffle de vent rafraîchissant juste comme il faut. Pas âme qui vive.

... et à défaut d'une interprétation live de Bach, la mélodie des chansons de Loreena.

Juste penser à... RIEN !

En un mot comme en cent, le pied quoi !

(La pèche, je sais pas, mais le pied assurément ;-)

Je m'envole tout de suite pour Shanghai, Carole est d'accord pour que je squatte (ce sont ses propres termes) chez elle avant de rejoindre Sydney.

P.S. : on m'a conté une anecdote concernant les premiers exemplaires des Citroën retournées au bout de six mois en raison de l'usage pour le moins intensif du Klaxon. Particularité locale non envisagée par le constructeur.

(Dans le cas de mon taxi particulier m'ayant conduit à la muraille, fort sympathique au demeurant et qui pour ses clients occasionnels aura fait l'effort d'apprendre plus de mots français que le total de tous les mots chinois que baragouineront jamais tous ses passagers réunis. Celui-là donc a, à mon sens, une relation quasi charnelle avec son Klaxon tant il ne peut s'empêcher de le tripoter en toute, et surtout en n'importe quelle, occasion.)

On se sera tout de même fait arrêter à deux reprises pour un contrôle de papiers et pour une amende (en 120 km, cela fait une bonne moyenne si on considère la bonne vingtaine de lieux sur lesquels les policiers étaient postés pour surveiller la circulation). Il est vrai que limiter un peu partout à 40 km/heure pousse facilement à commettre l'imprudence fatale.

25 octobre 1999 (Shanghaï)

Carole me parle d'une très grande tour. À cette seule évocation, mon sang n'en fait qu'un (de tour bien sûr ! )

J'ai toujours eu un faible pour l'élévation, si ce n'est que chez moi cette aspiration dénote plus une envie d'ordre panoramique qu'une recherche de spiritualité.

Isolée sur son lopin de terre dans la zone de Pudong (43 fois la Défense sur un marais asséché, construit en 10 ans), elle me fait face et me nargue. Du moins le temps de la file d'attente.

Les 88 étages sont avalés en moins d'une minute, pendant lesquels on passe de -6 mètres (on prend l'ascenseur au premier sous-sol) à 340 mètres.

(À titre de comparaison la tour Montparnasse fait 56 étages et les tours jumelles du World Trade Center à New-York en possèdent 110 - chacune s'entend.)

Mais en fait, le plus étonnant est très certainement ce que réserve l'intérieur. Une sorte de colonne presque cylindrique sur une trentaine d'étage qui s'offre au yeux du badaud que je suis en se dirigeant vers le centre de la tour alors que l'on est à son sommet. Une sorte de coupole en verre permet aux visiteurs d'admirer le bar avec son piano qui semble tout droit sorti d'un univers microscopique tant la profondeur paraît vertigineuse.

Une autre vue de Shanghaï ce sont ses empilements de voies rapides sur parfois cinq niveaux les uns au dessus des autres.

Je quitte la ville...

Ah! La haine !

Vraiment des emplâtres à l'aéroport de Shanghai catégorie départ internationaux.

Arrivé au contrôle des passeports, tout le monde se fait immanquablement avoir si ce n'est les habitués. Le policier tapote sur un petit bout de papier scotché sur sa vitre au dessus de lui pour vous signifier que vous êtes un gros crétin puisque vous n'avez pas rempli le "departure card", autrement dit le ridicule bout de papier qui récapitule votre identité dans le but de garder un souvenir ému et impérissable de votre passage. Et pourquoi pas une bise sur les deux joues, un dernier verre et l'accolade du camarade pendant que vous y êtes ?

Bon, inutile de s'énerver devant leur manque flagrant d'information, on remplit (on torche ? Oui c'est plus cela), donc on torche leur ridicule formulaire de 10 cm2 après avoir fait l'inévitable chasse au stylo (pas de scrupule, on agresse sans pitié un petit vieux qui est victime du même criant déficit de communication pour lui piquer n'importe quel stylo qu'il pourrait avoir. Au besoin je garde son dentier en otage pendant qu'il m'en vole un).

Et... ON REFAIT LA QUEUE !

Que d'histoires ! (Normal je suis payé à la ligne.)

Sans parler de la petite frayeur que l'on m'a fait juste avant à l'enregistrement en considérant d'un air plus que dubitatif mon fax mentionnant mon numéro d'autorisation électronique (un bête numéro qui fait office de visa pour l'entrée en Australie - ça aussi toute une histoire pour l'obtenir en France).

J'espère seulement qu'en me laissant finalement partir de Chine, ça n'est pas pour simplement pour se débarrasser de moi et risquer de me faire refouler dans quelques heures.

Toujours est-il que je dispose enfin de quelques minutes de libres en salle d'attente avant l'embarquement, les premières depuis deux jours. Ouf!

Ce n'est pas temps que le rythme ait été si stressant mais les quelques heures passées dans l'appartement de Carole l'ont été presque exclusivement pour dormir.

Deux journées se remplissent sans parler des soirées que les français résidant ici semblent systématiquement passer dehors (impression qui ne sera guère démentie).

Premier soir, juste une heure après mon arrivée, nous rejoignons un groupe d'une dizaine de personnes, tous des laowais (prononcer lahowaï, terme un peu péjoratif désignant les étrangers aux yeux des chinois) dans un resto genre nord africain puis finissons dans une boîte branchée à la musique d'une autre époque (années 80-90). Hier soir, resto chinois puis concert pop-rock, puis, un peu tôt pour rentrer, à nouveau boîte. Plus exactement papotages devant les entrées de boîtes bien remplies qui attirent dirait-on tous les taxis de la ville dans cette petite rue où l'on sort.

C'est aussi bien ainsi, mes oreilles bourdonnent et je gagne au change en troquant l'atmosphère enfumée irrespirable contre les gaz d'échappement.

AH! L'embarquement commence avec seulement une heure de retard, y-aurait'il du progrès ?

Je vais rejoindre la file et vous retrouve dans l'avion.

C'est bon ! Affaires casées, assis, Palm sorti, juste le temps de l'écrire et nous roulons déjà.

Tiens ! Et si j'attachais ma ceinture ?

Quelques secondes pour constater avec plaisir que l'Airbus A340 dans lequel je pensais voler a laissé place à un 747.

On décolle !

Imperturbable, je continue à taper en dépit des vibrations causées par le roulement. Un petit bâillement pour déboucher les oreilles, tout va bien. Le brouhaha des passagers a laissé place à un silence impressionnant.

Deuxième bâillement à me décrocher la mâchoire.

J'suis pas certain mais je crois bien que c'est la premi - baillement - ère fois que je prends un 747.

10 places de front en trois rangées - bâillement - on a beau avoir vu ça des centaines de fois au cinéma, c'est quand même fort.

Bien, - bâillement -, il serait peut être temps que j'attrape le Lonely pour savoir ce que me réserve et me propose à voir la petite île en bas à droite.

Ah! si, encore une chose, c'est complètement idiot mais il me plaît de croire qu'il y a peu de chances que je vois un autre Français sur ce vol.

Pardon ? Yes a Coke please, thanks.

On a évoqué avec Olivia et Carole alors que nous prenions un brunch ce midi non sans ironie l'attitude burlesque de certains de nos concitoyens en voyage. Mais bon, trêve de critique, nous ne sommes pas forcément nous mêmes des touristes ou des voyageurs sans défaut.

Cela me rappelle une autre chose pour laquelle j'étais tout content et pas peu fier de moi. Je sais que c'est puéril mais pour gagner l'aéroport, j'ai précisé au chauffeur EN CHINOIS ma destination en précisant le nom (il y a depuis peu deux aéroports à Shanghai) et vous le croirez ou non mais il m'a compris du premier coup.

NON ! Je suis désolé de vous contredire mais les trois tonnes de bagages ne constituent pas forcément un indice.

Incroyable, je viens à l'instant de risquer de me fritter avec un passager qui avait allumé une cigarette dans notre dos. Faisant fi des protestations verbales, et comme personne ne bougeait, les hôtesses et stewards pas plus que les passagers, j'ai pris sur moi d'y aller.

J'en menais pas large quand même, il faut avouer.

Récalcitrant à mes premières injonctions, sûrement pour gagner du temps, le fait de hausser progressivement le ton m'a valu des encouragements appuyés de la part de mes supporters passagers et l'a finalement persuadé d'arrêter.

Cette bien modeste victoire me vaut un large sourire de mes voisins de rangée et un peu plus tard la proposition d'un fromage supplémentaire.

STOP ! Pause dîner.

(Ce qui va devenir vite barbant pour vous - probablement pour moi aussi - c'est qu'avec le Palm Pilot - les branchés expliqueront aux plus arriérés - je peux vous détailler mes occupations en temps réel. Je songe à le programmer pour qu'il commente tout seul mon sommeil.)

Le repas est terminé. Cette fois ci ce n'est pas un franc tireur mais une armée entière de fumeurs qui veulent en griller une à l'arrière de la cabine. Bon, là, désolé pour mes collègues d'infortune mais je capitule avant même que d'avoir engager le combat. Don Quichotte est bien mort.

Le calme est à son maximum. Tout le monde dort à part peut être deux ou trois inconditionnels du film diffusé avec James Coburn et je sais pas trop qui d'autre et ma veilleuse reste seule allumée dans le noir sinon total.

La lecture de ce qui m'intéresse dans le Lonely est terminée... DODO !

(Le détail de mes ronflements vous sera épargné, j'ai pas eu le courage de programmer mon Palm ni celui de réveiller ma fort sympathique voisine pour lui demander de prendre des notes.)

La descente nous entraîne dans des turbulences qui me font apprécier de ne pas être dans les toilettes en train de me raser.

Penser à remettre ses chaussures.

Problème !

L'altitude a-t'elle un effet réducteur sur elles ?

Mes pieds auraient-ils doublé de volume durant mon sommeil ?

Aurais-je chaussé les baskets de ma voisine ? (Non ! Je fais pas une fixation, j'envisage toutes les hypothèses possibles :-)

Finalement un peu d'appréhension pour rien car le débarquement s'est fait avec une facilité déconcertante en ce qui concerne les formalités, ouf!

25 octobre 1999 - (Sydney)

Voilà !

Fraîchement débarqué à Sydney, coup de fil à Bruno, une adresse, je saute dans le premier mini-bus dont le chauffeur me vante les mérites et j'entame tout de suite la conversation avec un 'local', même pas le temps de remarquer qu'on roule à gauche dans ce pays, héritage anglais.

Bruno m'accueille sur le perron de son immeuble situé dans le centre de cette capitale d'état.

Sans attendre, il prend mon plus lourd bagage (cool ! Il ne sait pas ce qui l'attend) et on escalade à vive allure les trois étages que comporte ce petit bâtiment en briques typique de l'endroit.

Juste le temps d'échanger quelques politesses que les deux enfants qu'il attend arrivent déjà et on embraye sur une session d'enregistrement dès que les parents sont partis (Bruno produit des CD d'apprentissage des langues par le biais de courtes histoires chantées à l'intention des jeunes enfants essentiellement). La pièce principale du petit appartement fait office de studio. Synthé, ampli, table de mixage, enceintes, casques, micro sur pied, différents boîtiers de traitement du signal, enregistreur professionnel et bien entendu un Mac constituent la partie matérielle.

Bonne entrée en matière et vraiment très intéressant.

L'on prend soin de leur assurer une petite pause casse-croûte après la première heure et on enchaîne sur les chapeaux de roues pour faire la deuxième partie de ce qui deviendront les choeurs et les petites phrases rajoutées d'un CD destiné à l'initiation à l'italien pour des jeunes anglo-saxons.

De vrais professionnels en herbe. Il ne leur a pas fallu très longtemps pour prendre le rythme et appréhender ce qu'on attendait d'eux. Ils réagissent au quart de tour !

Je vous envoie cela (ainsi que le précédent mail d'un des nombreux, vraiment nombreux internet shop - genre cybercafé sans café - qui peuplent Victoria Street. Il y a pas moins de 40 postes ici tous occupes et pour cause cela coûte 1$ - environ 4 Francs -. ET PAS POUR UNE HEURE SEULEMENT, c'est SANS LIMITE ! Pour autant je vais pas y passer ma vie, le but serait même plutôt de partir le plus vite possible.)

C'est quand même un comble, à Pékin et Shanghai aucun soucis de raccordement de mon portable et à Sydney pas encore trouvé le moyen alors que je suis pourtant déjà abonné auprès d'un opérateur local. Allez comprendre :-(

A+, le Koala de service (ben oui, c'est quand même plus mignon qu'un kangourou)

26 octobre 1999

Salut,

Entre la mélodie choisie pour les sirènes de police et le chocolat au goût de caramel largement trop prononcé, l'odeur un peu forte des doughnuts, j'ai vraiment l'impression d'être à New York par moment. (Y z'ont pas importé que le meilleur des États-Unis. Un peu comme nous en somme.)

Régulièrement aussi j'étais sournoisement agressé par un son qui faisait "bidibidibidibidi", un peu comme le robot dans Flash Gordon. Coïncidence, surtout aux environs des croisements. Ah oui! Ce sont les feux tricolores qui 'causent' pour indiquer aux aveugles le moment de traverser (pardon ! Aux malvoyants. Ici, ils sont bêtement restés aveugles, peut être un domaine dans lequel la France a pris une avance considérable en créant une nouvelle catégorie de citoyens ! )

Projet à court terme : rester en vie. En effet, quitte à jouer les français indisciplinés en traversant n'importe où n'importe quand, autant garder à l'esprit qu'il faut vérifier la rue en premier à DROITE et non à gauche puis au milieu de la voie, faire la gymnastique intellectuelle inverse sinon le séjour risque d'être soit fortement raccourci, soit définitivement allongé.

Je crois bien avoir effrayé un piéton innocent en me dirigeant vers lui pour lui demander un renseignement. NON! Encore une fois, je m'inscris en faux, je ne peux croire que mon air hirsute en soit la cause.

En fait, le lieux y est probablement pour beaucoup, je réside actuellement dans le quartier de Kings Cross qui correspond plus à Pigalle qu'à Breteuil si vous voyez ce que je veux dire ;-)

J'emprunte le suburban pour aller à l'embarcadère des ferries, pas loin du célèbre opéra.

Sur le quai, c'est à mon tour d'avoir une grosse frayeur en recevant une violente claque sur l'épaule, me retournant, j'ai en face de moi une armoire à glace qui me demande bruyamment quelques pièces (peut être pour une oeuvre caritative ?), je fais mine de ne pas comprendre et vais voir ailleurs si j'y suis, je tiens pas à le gêner dans ses efforts.

Marrant le dossier de banquette réversible sur les anciens modèles de ce qui correspond à nos rames de métros. En prenant simplement la poignée se trouvant à l'extrémité du dossier il est possible de faire pivoter ce dernier de sorte que vous vous retrouvez assis dans le sens de la marche ou bien au contraire pour taper le carton entre potes en mettant deux banquettes face à face.

Les rames modernes sont nettement plus traditionnelles et donc beaucoup moins rigolotes.

Décidément, il y a vraiment beaucoup d'asiatique dans les petits commerce de nourriture à emporter ! Même dans les Délifrance.

j'ay pry un ferry pour Manly, j'étay ébahy !

L'eau est calme dans l'immense baie de Sydney constituée d'un bon nombre de criques. Du moins l'est elle jusqu'au moment où l'on fait face à la mer. Pas de quoi fouetter un chat mais quelques vagues qui peuvent concurrencer certaines attractions foraines et donner l'occasion au matelot de fortune l'impression qu'il est l'espace de quelques instants le fier capitaine d'un thonier pris dans la tourmente (bon, d'accord, outre la ridicule houle, il faut ajouter une bonne dose d'imagination, le thonier ça attendra un peu ;-)

Manly donc. Depuis le débarcadère (notez que les australiens ne sont ni fous ni si riches que cela, leurs débarcadères servent aussi d'embarcadères, cela me sera confirmé au retour. Pas bête !), donc depuis le quai disais-je avant d'être grossièrement interrompu par moi-même, une étroite bande de terre d'à peine 500 mètres nous sépare de la mer.

À Sydney c'est désormais le printemps. Le climat est agréable et le soleil au rendez-vous depuis le début de la journée qui se prépare maintenant à aller se coucher...

Petite ballade sur la plage alors ?

Le sable est frais et compact sauf dans les décombres des châteaux détruits depuis mille ans (ou peut être seulement depuis cet après-midi ? )

D'un côté les joggers, de l'autre les surfeurs et les baigneurs qui se partagent l'étendue salée.

C'est pas encore Crocodile Dundee mais une des visions idylliques de l'Australie s'offre bien réelle.

Retour à Circular Quay, entre l'opéra et l'énorme pont métallique, images phares de la cité. De nuit à la proue du ferry, le spectacle est vraiment superbe.

24 degrés prévus pour aujourd'hui.

Dites-moi qu'il faut un temps de chien à Paris histoire que je profite encore mieux des douces conditions climatiques ici.

28 octobre 1999

Salut,

Les pressings en France peuvent aller se rhabiller.

J'ai déposé un sac contenant pantalon, chemise, pull et tee-shirts et en moins de deux heures chrono et pour moins de 30 Francs, tout était lavé et dans le sac. Désormais je viendrai en Australie à chaque fois que j'ai une lessive à faire (Sophie, prie pour que je ne pense pas à évoquer ce détail devant ta mère sinon tu risques de te faire expédier manu militari au pays des koalas ;-)

Visite du mini musée du Harbour Bridge logé dans l'un de ses piliers. La lecture minutieuse de l'histoire de la construction du pont permet de mieux apprécier pourquoi il est, à juste titre, une des grandes fiertés nationales.

En fait, c'est surtout la perspective de la vue au sommet du pilier qui avait au départ justifié la location d'un VTT (avec le casque de rigueur, c'est d'une rare laideur mais il semble que ce soit la règle).

Pas de raison de snober les australiens en ne faisant du vélo qu'à Pékin. Il n'y a pas de piste cyclable mais la circulation est nettement moins oppressante qu'à Paris et les automobilistes un peu plus soucieux et respectueux des autres usagers sur les voies publiques. Il suffit parfois d'approcher un peu trop près le pied d'un passage piéton pour voir aussitôt la voiture qui s'approchait s'arrêter.

Non, non ! Je ne traverse pas, c'était juste pour faire une démonstration à mes fidèles lecteurs, merci, ROMPEZ !

(Note à l'attention des quatre cyclistes de notre connaissance qui parcourent le monde, que cela ne leur donne pas la mauvaise idée de vouloir me faire pédaler quand j'irai les voir. Je suis et ne reste qu'un amateur :-)

Quoiqu'il en soit, la vue de la plate-forme exposée à un léger vent venant tout droit de l'océan valait vraiment le coup. Surtout qu'il fait encore un temps magnifique, soleil et ciel dégagé (désolé Sandra, tu n'auras pas ta revanche aujourd'hui ;-)

D'ailleurs, c'est vraiment singulier, on dirait que Sydney bénéficie d'un micro climat car au loin dans presque toutes les directions quelques nuages épars sont visibles, mais absolument aucun au-dessus de nos têtes. (Quand je vous disais que j'avais le cul bordé de nouilles - désolé pour l'image peu ragoûtante - mais bon, je mens pas ! PAS une goutte de pluie depuis mon départ.)

Note pour moi : redoubler d'attention car rouler à contresens n'est pas très indiqué, même en VTT ! Toujours cette fichue circulation à gauche.

Ce sont vraiment des sauvages !

Etape suivante, le Musée d'Art Contemporain après avoir pris une petite collation.

Hum! Que dire sinon que c'est effectivement contemporain et que mes profondes incompréhension et insensibilité (à l'exception d'un unique artiste) le sont toutes autant. Comme disait Coluche, les coups et les douleurs, ça ne se discute pas. Il ne me sera pas reproché de ne pas avoir fait l'effort ;-)

En sortant je fais la rencontre d'un grand brun aux yeux noirs. Non!

Non! Pas de soucis, je ne suis pas en train de virer de bord. C'est juste qu'en plus des mouettes (le bâtiment se trouve sur les quais) un drôle d'oiseau, au corps un peu plus gros que celui d'un canard, avec de longues pattes et surtout gratifié (voir 'gratiné') d'un très long bec fortement arrondi, baguenaudait. Première réflexion : un cirque est en ville et des cages sont restées ouvertes. En fait non, ils font bien partie du paysage et de la faune dans ces contrées. Après tout c'est moi l'étranger ici et c'est peut être eux (son congénère, pris de curiosité, est arrivé une minute plus tard) que j'ai surpris dans leur promenade.

Encore une ! Une quoi ?

Une tour de 300 mètres !

Décidément, j'ai l'impression que j'entretiens la même relation avec elles que mon chauffeur chinois avec son Klaxon !

Il faudra que j'en parle à mon psy dès mon retour (Euh! oui, enfin faudra que je m'en trouve un avant).

Que voulez-vous ? Je suis tellement aveugle de ce qui m'entoure que je dois bêtement croire qu'en embrassant tout du regard, je verrai mieux.

Pour faire d'une pierre deux coups, je me suis arrangé pour arriver juste en fin d'après-midi de sorte que je profite d'un large tour d'horizon avec toute la lumière voulue et que l'heure qui suit offre un superbe coucher de soleil. Très rapidement, en l'espace de quelques minutes seulement, toute l'agglomération s'illumine à perte de vue.

En fait, Sydney, ville certainement la plus connue d'Australie n'en est pas pour autant la capitale mais avec une population plus de dix fois supérieure à celle de Canberra il n'est pas étonnant qu'elle occulte cette dernière.

Malgré tout ce monde, il n'est pas que la circulation qui ne soit pas oppressante, la ville et sa banlieue me font penser à San Francisco (le parallèle est peut être un peu rapide mais à la hauteur de mes références, peu nombreuses). La proximité de la mer, un quartier d'affaires avec ses indispensables buildings concentré dans un espace assez confiné et le reste des habitations se contentant d'un nombre réduit d'étages. Tout concourt à faire de cette cité un endroit en apparence fort agréable à vivre (je dis 'en apparence' uniquement parce que ce n'est évidemment pas en faisant du tourisme depuis 3 jours que l'on peut prétendre à l'objectivité).

J'ai pas fait grand chose aujourd'hui mais qu'est ce que c'est fatiguant, incroyable ! Pire que lorsque l'on travaille !

Bon d'accord, rectification, pire que lorsque l'on fait SEMBLANT de travailler. Satisfaits ?

29 octobre 1999

Travaillé un peu aujourd'hui. Pouf! Epuisé... Plus habitué !

Encore une radieuse journée et une douceur toute printanière. (Bon une dernière fois Sandra, désolé ! Après celle-là j'arrête de te taquiner... au moins jusqu'à demain ;-)

Un rendez-vous en fin d'après-midi et un autre au dîner.

Je prends le taxi pour aller au premier et remarque la même sorte de 'cage' en Plexiglas qui entoure la place du chauffeur, exactement comme à Pékin ou à Shanghaï (une idée qui a fait son chemin comme on dit).

Probablement un système anti-agression. (Si je n'avais rencontré cette séparation entre chauffeur et passagers qu'en Chine, j'aurais pu croire que c'était pour éviter aux clients d'être les victimes involontaires des crachats de leur chauffeur, mais bon, je veux croire que les conducteurs de taxis australiens ne partagent pas la même habitude de la plupart des chinois, consistant à cracher assez bruyamment quand ils marchent dans la rue ; plus à Pékin qu'à Shanghai toutefois.)

Je me rends au second en bus, c'est dans une des banlieues un peu excentrées de Sydney. Il est 19h30 et le coiffeur qui se trouve à côté du resto est encore en pleine activité. Pas vraiment de quoi fouetter un chat (quoi que j'en connais que cette idée ne gênerait pas ;-) c'est courant que les salons de coiffure en France proposent une nocturne par semaine. Par contre il est nettement plus étonnant que le cabinet dentaire ait encore trois ou quatre personnes dans sa salle d'attente à cette heure avancée.

Avion, mini-bus, voiture, pieds, métro, ferry, vélo, taxi, bus et probablement voiture de location, que de moyens de transport employés en un laps de temps si réduit. Il me reste les patins et le sous-marin que j'ai pas encore essayés. Pour les premiers j'en ai vu en location au même endroit que le vélo (en fait je crois que certaines descentes m'effraient encore plus que les montées).

Pour le sous-marin, c'est plus simple, j'en ai repéré un amarré aux côté d'un navire de guerre non loin du musée maritime. Il faut juste que je demande un permis de conduire international au service d'immigration, le fameux 'International driver - de sous-marin - license'.

Mes contacts travaillent dans le domaine très 'fermé' du traitement du langage naturel et, le croirez-vous, toutEs deux sont françaises d'origine.

(Recommandation pour moi : éviter de laisser ressortir ma misogynie patente dans le domaine de l'informatique sinon je finis pas la journée vivant.)

Plus de quatre heures d'interview au total. Pour un type qui est venu sans aucune question en poche et qui, de toute façon, comprend à peine les réponses, c'est pas si mal. (Palm, Ixus et MD enregistreur à la ceinture, la tenue quasi parfaite d'un ersatz de Tintin.)

Plus d'une dizaine d'années que je m'intéresse à ce sujet sans avoir eu l'occasion jusqu'à aujourd'hui de rencontrer quiconque dont ce soit le domaine d'étude, de recherche et même d'application et qui, en plus, ait le recul nécessaire pour formuler les choses sans recourir excessivement à des notions techniques. Fallait seulement savoir être un minimum patient.

Et après deux heures et demi de discussion ininterrompue, nous n'avons fait qu'effleurer le sujet. Le lieu du prochain rendez-vous qu'elle m'accorde est plus classique et à priori moins nourrissant et m'amènera dans les locaux du CSIRO, l'équivalent australien de notre CNRS.

Pour l'anecdote, mon interlocutrice est bien la première personne que je vois repartir avec un doggy bag, chose apparemment pas si exceptionnelle ici.

31 octobre 1999

Dans l'après-midi, j'ai vu un Apple I (ce qui n'intéressera que les amateurs et les fera probablement baver aussi un peu, je ne pouvais donc me priver ;-)

C'était au Powerhouse Museum, un musée sur les technologies, anciennes et contemporaines, développées ou utilisées en Australie en particulier.

Rare de voir un musée qui présente toute une série de machines à vapeur en état de marche et en l'occurrence, en marche. Toutes plus grandes les unes que les autres, la plus haute dépassant allègrement les 8 mètres.

J'y suis remonté !

Où ?

Sur l'Harbour Bridge, mais cette fois de nuit, pour grimper tout en haut des arches qui relient ses deux extrémités, harnaché d'une combinaison légère au look digne de Star Trek avec torche électrique frontale sur un fin bonnet de tissu noir style commando, un walkie (je pouvais pas dire 'talkie-walkie', on a perçu - ça fait très militaire 'percevoir' plutôt que 'recevoir' - uniquement la partie récepteur avec mini-casque à s'enfoncer dans le creux de l'oreille), et une ceinture genre spéléologue/alpiniste avec un système ingénieux pas plus gros qu'une balle de tennis pour rester toujours solidaire du câble qui coure le long de la structure métallique que nous allons emprunter, tout en autorisant bien évidemment le déplacement.

Je m'interroge sur la finalité de la préparation. Une sorte de conditionnement dont je ne sais s'il est censé nous garantir une progression en toute sécurité ou juste nous faire un cinéma pour nous mettre dans l'ambiance, à l'image de ce que l'on rencontre dans les parcs de loisirs.

Toujours est-il que cela marche, on en veut !

Vérification de notre alcoolémie à l'aide d'un appareil électronique, dépôt d'absolument toutes les affaires qui encombrent nos poches jusqu'à nos bijoux et montre dans un casier à serrure. On prend connaissance des conditions climatiques et comme il n'y a pratiquement pas un souffle de vent, l'on pourra profiter pleinement de la petite balade. On enfile notre uniforme d'un soir au-dessus de nos vêtements civils (ça y est, j'm'y crois ! )

Quelques explications et surtout un court entraînement de trois minutes sur une sorte de portique de simulation qui comporte les deux types de configuration que nous aurons sur notre chemin (c'est pas trop compliqué, en gros y a la verticale et l'horizontale).

Notre guide nous explique que cette 'attraction' est a priori unique, aucun autre pont au monde n'offrant ce type de promenade, et qu'elle a été inaugurée il y a à peine un an, le projet étant pour sa part vieux de 10.

Nous sommes partis. Notre leader ouvre un sas qui nous entraîne sur...

ON RETIENT SA RESPIRATION !!!

... le trottoir.

On a l'air malin, avec nos tenues d'astronautes spéléo dans la rue en croisant les rares passants qui doivent être désormais habitués à ces expéditions.

Quelques mètres plus loin, nous entrons dans un nouveau local à l'aide d'un badge magnétique, en haut d'un petit escalier, un étroit tunnel aménagé tout exprès dans le granit nous mène sur une passerelle en acier avec, il me semble, du bois (difficile d'être affirmatif) en guise de plancher qui nous permet de rejoindre le pilier qui sera le véritable point de départ de notre ascension. Cette partie du parcours se déroule sous le tablier. Nous grimpons un escalier et dépassons le pilier. Il reste encore une trentaine de mètres à franchir pour commencer à monter.

Pour cela nous nous déplaçons sur une fine (vraiment très fine) dentelle de métal qui supporte notre poids, une douzaine de personnes, avec comme perspective sous nos pieds une route qui longe la baie quelques 60 mètres plus bas (c'est pas la même chose que de faire le malin en sautillant sur les grilles d'aération du métro dans Paris).

La masse imposante du pilier de pierre donne la mesure de l'ouvrage et bien que la suite s'annonce prometteuse, je crois que la vue de l'assemblage métallique sous le tablier est la plus impressionnante que l'on puisse voir depuis notre frêle passerelle.

L'étape suivante nous impose de changer le dispositif qui nous relie au pont, le temps de gravir les escaliers. L'opération inverse est réitérée une fois qu'ils sont franchis.

Enfin, nous allons suivre la courbe de l'arche Est jusqu'à son sommet.

Aucune difficulté, simplement le plaisir du spectacle renouvelé à chaque marche.

Notre petite halte sur le point culminant du pont sera l'occasion de fêter les anniversaires de deux personnes du groupe et de crier notre joie d'être là (très anglo-saxon) le plus bruyamment possible afin de faire comprendre aux groupes qui nous précèdent et nous suivent que ce sont des rigolos comparés aux pros que nous sommes devenus en l'espace d'une heure.

On enjambe le pont dans sa largeur, les voitures se croisent à 80 mètres en dessous de nous sur huit voies de large auxquelles il faut ajouter les deux voies de chemin de fer.

La descente est l'occasion de découvrir une nouvelle vision, la structure métallique se retrouvant dans notre dos, elle ne nous cache plus le paysage quand on regarde juste devant soi. Quelques secondes

pour trouver ses repères et il devient possible de passer d'une marche à l'autre sans regarder constamment ses pieds (et puis, il n'y a pas à s'inquiéter, ce n'est guère un lieu de promenade pour les propriétaires de chiens ;-)

Sans commentaire !

Une fois de plus, on change pour le système auto-bloquant avant de prendre les escaliers, et inversement en bas. Nous sommes à nouveau sous le tablier et la surprise ici, ce sont les trains puisque nous nous trouvons désormais sur le côté ouest du pont qui leur est dévolu. Et il en passe souvent, ce qui fait légèrement trreeembllleeerr la passerelle.

Personne ne souffre du mal de mer ? C'est pas le moment.

Encore un peu de marche et quelques minutes plus loin nous retrouvons nos bibelots et nous nous voyons offrir une photo de groupe en guise de certificat d'Harbour Bridge Climber (grimpeur/escaladeur du pont d'Harbour).

Riche de ce diplôme, je vous raconte même pas les supers jobs dans lesquels je vais pouvoir postuler maintenant. Laveur de carreaux sur les bâtiments difformes ? Peintre sur la Tour ? Qui sait ?

Pour ceux qui craignaient que je passe ma vie dans des bureaux, qu'ils soient rassurés, il n'y a aucun bureau au sommet de l'Harbour Bridge (mais c'est une idée à échafauder).

Si certains veulent perdre un peu de temps à me voir me pavaner :

Ah! Sortir dehors avec juste un tee-shirt à une heure du matin, je crains de ne pouvoir me permettre ce genre d'exhibition à mon retour, n'est ce pas ?

(Quand je dis 'juste un...' et 'exhibition', n'allez pas croire pour autant que je ne porte pas de pantalon, hein ? )

Par contre, côté télé, c'est pas le pié (je me lance aussi dans la poésie mais c'est pas encore ça ! Vous aussi, vous avez remarqué ? )

Le modèle américain avec ses pubs est bien passé par là. Et franchement quand on nous dit que les émissions sont régulièrement interrompues par une coupure publicitaire, faut vraiment le voir pour le croire. Rien à voir avec une grosse rupture que l'on connaît à la moitié d'un film d'une heure et demie. Ici c'est une bonne minute de promo toutes les cinq minutes, c'est à devenir dingue ou... surfeur. (Il n'y a pas à se demander ce que les australiens ont choisi. Par contre je me demande s'ils n'ont pas mis d'inoffensives souris bourrées aux hormones de croissance et autres anabolisants - et même à l'EPO, n'en déplaise à Richard Virenque - jour et nuit devant des postes de télévision pour en faire d'attractif emblèmes nationaux ;-)

Petite vacherie gratuite car en revanche ils sont conviviaux (les australiens car pour ce qui est des kangourous, j'ai pas encore eu l'occasion d'en rencontrer). Ma chambre donne sur une minuscule cour intérieure et alors que je rédigeais mes courriers, des habitants du coin qui faisaient la nouba dans l'appartement en face, remarquant peut être que je lançais par moment un coup d'oeil dans leur direction, me proposaient de venir les rejoindre pour boire un verre.

C'est tout !

03 novembre 1999

Salut,

Ce qui est assez génial à Sydney, c'est la diversité de l'architecture, formes, matériaux et couleurs.

Encore une dure matinée (dix minutes pour faire 4 photos pour illustrer ce qui pourrait être un article) et direction la plage de Watsons Bay pour une sieste bien méritée au milieu des mouettes.

Jour suivant.

Bon ! Où est ce qu'ils ont été mettre le volant ?

QUOI ! À la place du passager ?

Quand je vous disais que c'étaient des sauvages.

Quoi ? Comment ? Plus adapté à une conduite à gauche !

Ouaih! peut être ! Ca se discute. On va voir.

BON BAH! ALORS CETTE FOIS, Y MANQUE UNE PÉDALE !

Me dites pas qu'elle est dans le coffre.

Y-EN A PAS ! J'ai quand même pas loué une moitié de voiture avec le pédalier en option.

Automatic! Quoi 'automatic' ? Elle roule toute seule ?

Hé! Faut pas me la faire à moi ! On est en Australie pas dans la quatrième dimension.

Ah! Oui, les vitesses SEULES sont automatiques. Donc j'ai des chances que la voiture ne parte sans moi (sauf si elle est volée bien entendu ;-)

Que de surprises pour une si petite voiture de rien du tout.

Finalement il n'y que l'autoradio qui soit à sa place, au milieu du tableau de bord. Comme cela, à défaut de savoir comment rouler, je pourrais toujours passer les trois prochaines journées à écouter de la musique... brouillée ! (je suis dans un parking souterrain :(

GAUCHE ! GAUCHE !

TOUJOURS rouler à gauche, même quand on veut aller à droite.

Après seulement trois accidents, ça commence à rentrer. Gauche, toujours à gauche.

De toute façon, au prochain accident, il y a fort à parier qu'on m'ampute l'unique moignon qui me reste désormais. Et dans ces conditions j'ai cru comprendre qu'il me priverait de mon permis. Vraiment pas indulgents dans ce pays !

De toute façon j'm'en fous, sans bras il ne me restera plus qu'à louer un monocycle et à reprendre la route (mais à gauche, je vous le répète, toujours à gauche).

Surtout ne pas caler ! Comment fait-on avec une automatique pour ne pas caler ? RIEN ! Y-a justement rien à faire de spécial. Et alors une nouvelle question métaphysique surgit "Et qu'est ce qu'on fait du pied gauche devenu soudainement complètement inutile ? "

Dur de le reléguer à un simple rôle de figurant. Il cherche toujours à prendre le contrôle d'une pédale, résultat on freine en même temps qu'on accélère. Une situation qui sied au pilotage d'un karting, beaucoup moins à celui d'une voiture (à moins que les amateurs d'automatiques que sont les américains et les australiens soient en fait de grands enfants amateurs de courses de karts).

ARGHHH! Ces aussies ont trouvé le moyen imparable de se débarrasser de moi.

Leur remède : "Gone with the wind" (traduit pour les salles de cinéma francophones en "Autant en emporte le vent").

QUI ? Quel est le scélérat, le traître, l'envieux, le jaloux, qui leur a révélé que j'attrapais des boutons à la simple évocation de ce titre ?

Fin d'après-midi, Libby me fait visiter les locaux (une partie seulement) d'ABC, Audio Broadcasting Corporation, un peu l'équivalent de notre Radio France national. On y produit encore des pièces dédiées à la diffusion radiophonique. Un studio y est spécialement consacré avec une pièce centrale, un escalier divisé en deux parties distinctes sur toute sa hauteur, chaque marche étant pour moitié en béton, pour moitié en bois, de façon à pouvoir sonoriser en direct et de la façon la plus réaliste possible différentes situations.

En haut, une étroite mezzanine avec le même type de séparation et enfin une salle de bain pour restituer l'ambiance exacte d'une salle d'eau.

Dans une petite pièce annexe sont remisées plusieurs types de portes sur roulettes, y compris celle d'une vieille voiture, qui pourront être amenées sur le plateau au besoin.

Je ne pouvais m'empêcher de penser en voyant tout cela à ce qui fût probablement l'une des plus célèbres histoires diffusée sur les ondes et qui créa un véritable panique chez nombre d'auditeurs : "La guerre des mondes".

Nous sommes rejoints par une de ses collègues et allons finir la journée dans une ambiance de révolution en nous rendant à une soirée organisée dans un café par des originaires du Chiapas, ce jour anniversaire ayant une signification toute spéciale pour eux.

On va me trouver un rien cynique (j'assume) mais je trouve quelque peu singulier de vouloir sensibiliser les citoyens d'une nation qui est loin d'avoir réglé un problème similaire avec les aborigènes, et qui continue à traîner un sacré boulet avec cela, surfant entre les réformes avortées et les initiatives un peu trop chimériques.

Mais bon, après tout je ne suis pas historien, encore moins un inspecteur détaché par l'ONU.

Encore une nouvelle journée, et si la matinée est nuageuse, l'après-midi sera pour sa part ensoleillé.

Visite comme prévu au CSIRO hébergé dans la Macquarie University.

Je me présente à la réception et je n'ai pas le temps de dire un mot que la personne me demande, toute souriante, "Are you Yannick?".

Ben! oui. J'ai pourtant pas de baguette sous le bras, la bouteille de picrate à la main et le béret sur la tête que je sache.

En fait, c'est vraiment très agréable, à chaque fois que j'ai eu un rendez-vous, qu'il s'agisse d'une petite structure ou d'une grosse organisation, peut être pour éviter simplement que le pauvre petit frenchie soit perdu, on a fait preuve d'une grande prévenance à mon égard. C'est vraiment, vraiment, plaisant. Une fois, on n'y prête guère attention mais quand cela est systématique, on ne peut s'empêcher de

penser que l'accueil est une chose qui ne s'improvise pas.

La personne que je viens voir étant indisponible pour deux minutes, c'est Steven qui vient me recevoir et me proposer une boisson chaude.

Rien de surprenant si ce n'est qu'il me précède dans une grande cuisine ouverte jouxtant une salle de repos, me sort la boîte de chocolat en poudre, le lait du réfrigérateur, une tasse et m'invite à me débrouiller par moi même pour finir.

(C'est pas plus mal, comme cela, avec un volume de chocolat pour un volume de lait, j'ai des chances que la mixture ait un peu de goût.)

L'accueil est on ne peut plus 'cool'.

L'entretien qui suit n'intéressant certainement que moi, je vous l'épargne, même dans les grandes lignes.

04 novembre 1999

PLEIN LES YEUX !

Et les deux en plus.

Plein la vue ! Plein les mirettes je vous dis !

Pour la dernière journée, j'ai fait un saut dans les Blue Moutains. (Un saut d'à peine 13 heures.)

Ça n'a pas été une cure. Ça a été une OVERDOSE de verdure.

À 7h30... Tôt ! Non ? (comme dirait une vieille connaissance, on n’a pas des vies faciles) Je démarre et prends la direction de Bathurst en sortant de Sydney.

Juste 200 kilomètres en ligne droite à travers les Blue Mountains.

Comment faire 400 kilomètres aller-retour en pas moins de 13 heures chrono ? (Surtout que c'était pas ma propre voiture dans le cas présent, ce qui aurait été nettement plus concevable. ON SE MOQUE PAS ! Merci ! :-)

Katoomba dépassé (non, je m'ai pas trompé, je suis pas arrivé en Afrique d'un coup de baguette magique, c'est bien le nom de la ville - celui-là il dégage un certain exotisme au moins, n'est ce pas ? ), un panneau indicateur mentionne la "tourist drive" numéro 1.

Mais c'est moi ça ? Le touriste !

On va pas être plus royaliste que la reine, on bifurque vers la route tout exprès pour moi. C'est pas de la vanité mais avec une voiture par heure (j'exagère à peine) sur cette voie, on a le droit de croire qu'on en est l'unique destinataire.

Cette "tourist drive" alterne des tronçons de route impeccables au revêtement lisse comme une boule de billard avec des portions de piste en terre et surtout en poussière que je vois s'envoler dans mon rétroviseur.

J'ai failli écraser un lézard qui se dorait au milieu d'une de ces pistes. C'est dire si la circulation est importante.

Il a même pris le temps de replier ses draps avant mon passage (bon d'accord, là je fabule un peu... beaucoup).

Petite halte à Oberon, pas pour la vue cette fois mais plus mesquinement pour me sustenter. ET LÀ, il est clair que les aussies ont imaginé un nouveau moyen pour ne plus me voir. Comme l'intimidation n'a pas fonctionné (vous vous rappelez, "Gone with the wind"), ils passent à des méthodes nettement plus radicales : l'explosion.

Comment cela me demanderez-vous ? (Vous êtes bien curieux je trouve :-)

C'est simple, j'ai commandé une sorte de sandwich grec et je vois mon gars commencer par sortir une galette de pain de 30 à 40 centimètres de diamètre qu'il remplit de tout un tas de choses et qu'il me tend.

Mais c'est que j'ai pas de famille à nourrir moi, qu'est ce que je vais faire de tout ça ?

Si j'avale tout, j'explose !

Deux cent soixante troisième petit arrêt (mais ne croyez pas que je compte, quand on aime, on ne compte pas).

Cette fois ci, la perspective de voir l'horizon sur 360 degrés ne tient qu'à l'escalade d'un petit sommet déplumé en bordure de la route. Arrivé à mi-chemin, je découvre qu'il en cachait un légèrement plus haut qui lui fait front.

Qu'à cela ne tienne, après quelques milliers de kilomètres, on va pas sourciller pour quelques mètres en plus.

Seule petite difficulté, c'est un énorme rocher qui coiffe cet autre pic, et il présente un aspect peu engageant, pour ce qui est de l'escalader s'entend.

Le petit effort en valait la peine, les énormes nuages noircissent puis éclairent tour à tour des montagnes entières qui s'étendent tout autour de moi à perte de vue.

15 partout avec la grande muraille, balle au centre.

Le gros problème est qu'une fois grimpé, le chemin emprunté se révèle rarement approprié pour la descente. Mais c'est un détail que je refuse d'envisager avant d'entreprendre ce qui était bien évidemment une idiotie.

Bon ! Après rapide inspection, les autres abords sont plutôt du genre verticaux et font plutôt 4 à 6 mètres de haut. Finalement le premier passage m'apparaît tout d'un coup comme un jeu d'enfant.

La lumière !  L A    L U M I È R E  !

La lumière d'un soleil de six heures qui commence à peine à décliner et que reflètent les frondaisons vertes ou ambres.

Comme disait Mafalda (une de mes grandes références littéraires) en parlant à cet astre. "Si c'est bien toi qui a éclairé Newton, Vivaldi, Enstein, Léonard... Alors contamine-moi ! "

Surprise en longeant le mont Tomah, de face la roche taillée pour laisser place à la route présente bien une teinte gris foncé MAIS de biais, c'est un bleu lumineux et métallique comme celui de certains papillons qui s'offre au regard. (Non ! Je n'ai pas fumé les feuilles des dizaines d'espèces d'eucalyptus qu'abritent ces immenses forêt. Et non ! L'origine du nom de ces montagnes ne vient pas de cet effet d'optique.)

Au détour d'un virage c'est l'Amérique, quand surgit un 'long-museau', ces tracteurs de semi-remorques au nez allongé qui leur a valu ce surnom.

Parfois une note spécifiquement australienne les distingue de leurs collègues américains, la présence d'un pare-buffle, qui ici sert de pare-kangourou. Les panneaux prévenant de la possible traversée de cet animal sont monnaie courante sur les routes.

Ah! Oui. J'aime beaucoup leur humour aussi. Sur un autre panneau routier je peux lire "watch for slow truck" ("prenez garde aux camions lents").

Je serais bien en peine de pouvoir déjà les rattraper leurs 'machins' lents.

On parle beaucoup de la variété des paysages australiens à travers ce continent mais c'est en réalité un peu réducteur tant une seule région comme les Blue Moutains peut à elle seule évoquer une multitude de visions comme la forêt landaise, une route de campagne anglaise, des prés normands (avec ou sans vaches au choix).

Un bien beau pays en vérité ! Venez (Hé! je suis même pas commissionné.)

P.S. : vous croyez que si je retiens ma respiration en guise de caprice, on m'autorisera à rester plus longtemps ?