Salaam aleikoum

et vous me répondez...
Aleikoum salaam.

Nous étions censé prendre la route le lendemain de mon arrivée vers midi.
Nous nous couchons vers 3 heures, Xavier continue pour sa part à travailler sur le minuscule ordinateur portable retrouvé avec soulagement après sa convalescence parisienne.
À 4 heures il me propose de l'accompagner pour un enregistrement au pied d'un minaret. Après intense réflexion de ma part pendant une minute il partira finalement seul.
Il loupe son rendez-vous matinal avec Maher après s'être endormi sur le confortable siège d'un studio d'enregistrement.
Pendant ce temps, le toujours souriant Maher, un libanais rencontré à Damas m'accompagne dans une balade en ville.
Les heures passent. Finalement nous partirons demain matin à 8 heures, promis juré.
Nous profitons de cette dernière soirée à Damascus pour dîner en compagnie de Nathalie, le professeur de français de Maher (qui s'est fait engueuler dans l'après-midi pour ne pas l'avoir convié à passer la veille au soir avec nous) et Emmanuel Donald (non, non, ce n'est pas une blague, c'est bien son nom de famille, ce qui, de son propre aveu, lui a valu les moqueries de ses camarades de classe étant gamin), un jeune québécois venu apprendre l'arabe en Égypte et en Syrie.
Pour l'instant et pour faire la nique à ceux qui m'attendaient au tournant, non seulement je mange et même apprécie la nourriture locale mais en plus je n'aurais jamais bu autant d'eau et de thé de toute ma vie.
Plus tard nous retrouvons la chambre et commençons à préparer les sacs en prévision du départ matinal.
14h30, cela fait maintenant 6 heures et demi que nous sommes partis.
Nous avons parcouru les 25... mètres qui nous séparent de l'échoppe du marchand de thé soudanais. Nous avons acheté des falafels chez un second commerçant et des galettes de pain chez le boulanger. Une petite fenêtre fait office de comptoir et permet de voir le four qui occupe la pièce principale et dans lequel cuit le pain dont le goût et la consistance rappelle celui de la pâte à pizza.
Comme vous l'avez maintenant deviné, en fait de départ à 8 heures, nous avons surtout dormi jusqu'à 11 heures, gros flemmards que nous sommes (ça n'étonnera personne en ce qui me concerne mais de ces deux routards on pourrait s'attendre à plus de sérieux ;-)
Nous avons libéré la chambre avec grand peine pour finalement aller dévorer le brunch évoqué plus haut en nous prélassant au soleil, assis à même le trottoir au milieu d'autres consommateurs dans ce petit quartier populaire.
Après moult bavardages et discussions échangés avec nos amis Maher et Djamal ainsi qu'avec d'autres voyageurs curieux du périple entrepris par Isabelle et Xavier, nous nous décidons enfin à...
Partir enfin ? Quitter Damas ?
NON !
Tout simplement nous rendre dans un semblant de cybercafé afin de créer un compte email promis à Djamal et incidemment relever et envoyer nos propres courriers.
16 heures, cette fois c'est la bonne, nous enfourchons les vélos et ...
Non, avant il faut dire au revoir et faire la politesse d'un brin de conversation à deux ou trois personnes curieuses de nos équipements. À peine 20 minutes.
Ce n'est pas tant que nous soyons obnubilés par le temps mais on nous prévient amicalement que la nuit est proche et il est vrai qu'il fera un noir d'encre dans deux heures environ.
Pour mon baptême du feu, pardon, de vélo, ils m'offrent une courte ballade de 30 kilomètres MAIS, car il y a un mais, tout ou presque en côtes et en montées. UN GRAND MERCI :-(
En cours de route, après avoir franchi la colline la plus escarpée juste à la sortie de la ville, je demande grâce à mes compagnons pour mes pauvres cuisses endolories et nous faisons halte dans un restaurant sur le bord de la route. Nous jugeons opportun de souffler un peu autour d'un encas.
Tout est question de marchandage, tout le temps et partout, avant et après quand il est question de services ou de consommation sur place. Seule exception, certains restaurants dont les prix sont indiqués sur les cartes.
En règle générale la carte est plutôt un concept abstrait tout autant que d'avoir autant de verres que de personnes attablées sans parler des couverts dont on se demande si le récit de leur invention est arrivé un jour dans ces contrées.
Les plats terminés jusqu'à la dernière miette, nous repartons. La perspective de cette route qui ne cesse de grimper ne me réjouit guère mais je ne veux pas non plus devenir un boulet pour Isa et Xav (enfin pas trop vite, ils apprendront à me maudire bien assez tôt pour mon manque de sportivité, ce n'est pas la peine de leur faire regretter si tôt leur invitation à me faire partager leur aventure ;-)
À chaque fois que nous demandons notre route et une estimation de la distance restant à parcourir, on nous répond gentiment que c'est à environ 10 kilomètres. Peu encourageant vous avouerez. Nous allons pour interroger un passant quand nous remarquons un panneau nous apprenant que nous sommes enfin aux portes de la ville que nous cherchons, Saidnaya.
Nous passons sous une petite arche qui marque la limite du lieu et faisons encore un kilomètres (toujours en pente - GREUH! Pas heureux le cycliste d'opérette) pour arriver aux premières habitations, en fait quelques petits bâtiments et surtout un bon nombre de belles maisons individuelles, toutes en cours de construction, dans un style beaucoup plus occidental que moyen-oriental. Xavier visite rapidement l'une d'elle et estime que c'est un nid à courants d'air, il nous invite à entrer dans la seconde qui nous offrira un abri pour la nuit, il est pas loin de minuit.
J'y crois pas, je vais SQUATTER !
Finalement je pense que cela peut être une bonne expérience pour ma future situation de SDF :-)
Xavier propose que nous continuions notre dîner par un plat de spaghettis préparé sur son réchaud de voyage. Le tout servi avec une sauce tomate, du Comté, quelques tranches de saucisson sec et arrosé avec un petit Médoc (un ersatz d'eau car cette dernière est trop précieuse et le peu qui nous reste doit servir à cuire les pâtes). Comme dirait un ami, on n'a vraiment pas des vies faciles, devoir se contenter d'un Médoc, c'est vraiment un calvaire.
Les ventres calés, nous sortons les duvets et autres matelas de sol et nous blottissons dedans sans tarder, il fait 4 degrés dans notre squat improvisé. GLAH GLAH !
Malgré un réveil programmé à huit heures, nous trouvons le moyen de faire la grasse matinée, enfouis dans nos confortables et chauds refuges de toile.
Cela ne dure guère car nous avons de la visite, probablement le propriétaire des lieux accompagné de son non moins probable maître d'oeuvre. Étant le premier à le voir, je l'accueille avec un "Salaam aleikoum". Il nous découvre encore emballés et l'air peu étonné nous demande dans un anglais fort compréhensible d'où nous venons. Nous lui répondons en coeur "France". Il nous adresse alors un sourire et nous gratifie en toute simplicité d'un "Welcome".
OUF! Je me demandais à quelle sauce nous allions être mangés.
Mais ce n'est pas fini. Xavier avait beau m'avoir parlé de l'hospitalité syrienne, je ne pensais pas qu'elle prendrait la forme suivante. Cet hôte d'une nuit nous demande si nous désirons de l'eau, un thé ou autre chose, nous acquiesçons pour un thé et sorti d'onnesaizou en un éclair, en moins de temps qu'il n'en faut pour ranger un duvet, un ouvrier vient nous présenter un plateau sur lequel trois verres nous attendent. Vraiment ces gens sont extrêmement sympathiques.
Cette générosité s'arrêtera-t'elle là ?
Non ! Pas encore, questionnés sur notre destination, nous lui expliquons que nous désirons assister à l'office d'une église chrétienne (il y en a plusieurs dans cette ville) pour y enregistrer des chants religieux réputés (qui d'ailleurs ressemblent fort à des polyphonies corses). Nos paquets finis, il nous offre de nous guider en voiture et prend soin d'attendre les escargots que nous sommes à chaque fois que cela est nécessaire.
Après ces marques de gentillesse, il n'est guère compliqué de comprendre pourquoi Xavier aime tant ce pays et ses habitants.
Sur les derniers mètres de route qui nous mènent au monastère, je remarque des petits monticules de neige et cela n'est pas fait pour me réconforter. Dans l'après-midi, ayant pris nos quartiers dans un café, quelques chutes de flocons accentuent ce désagréable sentiment.

Vraiment, les sourires nous accueillent partout, beaucoup de gens parlent un peu anglais et un nombre non négligeable nous parle en français.
Dans ce café un client m'emprunte une revue d'informatique achetée pour tuer le temps dans l'avion. Intéressé par le sujet, il me pose deux ou trois questions, nous indique avec force détails (c'est bon, ça va ! ON A COMPRIS ! N'en jetez plus ! ) le chemin d'un couvent qui pourrait nous abriter pour la nuit et nous invite à partager demain matin le petit déjeuner chez lui. Il y a fort à parier que si nous allons le voir demain, nous n'échapperons pas à un interrogatoire en règle sur ce sujet. C'est de bonne guerre ;-)

Dans l'immédiat, nous remballons les affaires étalées sur la table (oui d'accord, appelons un chat un chat, le FOUTOIR éparpillé) que nous avons monopolisé toute l'après-midi et allons courir mendier un toit pour la nuit.

Sur ce, mes 'habibis', je vous souhaite une belle nuit étoilée comme les nôtres.

Yannick


Salaam aleikoum, le retour de la revanche,

Ouaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah! (bâillement)

Nous avons bel et bien passé la nuit au couvent qui, paradoxalement, se trouve dans le monastère Notre Dame de Saidnaya (voyez où le machisme peut se nicher).
Et non, Dieu n'en a pas encore profité pour me 'visiter'.
Nous voulions enregistrer une seconde fois les chants en installant le micro plus près de la source. Pour se faire, réveil à 8 heures. À 9 heures pétantes, nous étions devant les portes de l'église en attendant de pouvoir y entrer. On nous laisse enfin entrer, nous posons le trépied supportant le micro à bonne distance, le vérifions et attendons quelques minutes avant de nous demander s'il y aura bien une messe. Nous posons la question à deux personnes avant d'apprendre qu'un office a bien été donnée mais, car il y a un mais, à 7h30.
ARGH! Raté !

Nous rejoignons Xavier, rangeons et reprenons la route quelques minutes après.
AH! Les grandes étendues que nous parcourons d'un coup de pédale allègre.
STOP! Non, je blague, vous n'êtes pas dupes, n'est ce pas ?
En fait nous faisons halte au café où nous avions établi notre quartier général la veille et pendant que mes compères vont passer quelques coups de fil (le téléphone n'a pas encore envahi toutes les maisons et tous les commerces), je me vois offrir un café. Hé! Pas n'importe quoi, du Nescafé que le tenancier me montre assez fièrement dans son pot.
À leur retour nous embrayons sur un petit déjeuner genre brunch si on tient compte de l'heure déjà avancée à base de thé, café et surtout de petits gâteaux chauds au fromage qui ont la forme de barquette. Avec un soleil qui nous faisait grâce de ses rayons, nous avions opté pour un bout de trottoir plutôt que pour un intérieur sombre et enfumé par les joueurs de carte habitués du lieu, ce qui a eu pour effet de profondément offenser le propriétaire du café.
La rancune fût de courte durée puisque nous fûmes servis avec le sourire et qu'il insistera pour nous offrir les consommations alors que nous leur disons au revoir.
Une chose assez singulière à relever est le traitement très varié auquel nous sommes confrontés de la part des commerçants. Si certains essayent de nous soutirer le maximum d'argent en nous annonçant des prix dignes d'un nabab, il en est beaucoup pour nous faire cadeau d'une consommation ou d'un service et plus insolite, après entente sur un prix, d'autres encore nous prennent moins que la somme prévue initialement et ce malgré de multiples consommations offertes durant présence dans leur établissement. C'est vraiment très contrasté.
Après concertation durant ce brunch, nous choisissons Maaloula comme prochaine destination. Isabelle part seule et nous la rejoindrons peut être là-bas ou alors à Palmyre.
Pendant ce temps, Xavier trouve un menuisier pour refaire la pièce élaborée à Damas et qui n'aura tenu que l'espace d'un clin d'oeil. L'artisan déniché travaille avec son père et il prennent un grand plaisir à nous faire découvrir leurs réalisations en cours.
Non seulement, il passe tout le temps nécessaire pour la découpe de la pièce désirée mais en plus rien ne nous sera facturé. Le temps passé avec eux et les quelques phrases échangées seront les seules récompenses qu'il daignera accepter de nous.
En fin d'après-midi nous partons à notre tour vers Maaloula.
La distance est relativement courte (je préfère quand même la taire sinon vous allez vous moquez ;-) et les grimpées heureusement rares.
Peu de temps après la tombée de la nuit nous franchissons la petite arche qui marque l'entrée de la ville (les arches c'est un peu une habitude dans le coin). Dans le bar où nous avons choisi de boire un soda, l'unique client du lieu à qui nous demandons ce qu'il existe en matière d'hébergement nous indique, une fois n'est pas coutume, le monastère du coin (de Saint Takla) qui, une fois de plus, recèle un couvent.
Une "plaque de neige verglacée m'ayant presque fait embrasser le bitume*" plus tard, nous sonnons à la porte de l'endroit conseillé et sommes accueillis par une soeur qui nous fait une visite sommaire des pièces importantes comme la douche (avec eau chaude s'il vous plaît, un vrai miracle après trois jours sans eau, chaude ou froide. Mais après tout, votre serviteur ne répète-t'il pas à longueur de journée qu'il a le cul bordé de nouilles. Faut bien que ça serve de temps en temps) et notre chambre.
Isabelle a aussi atterri ici bien avant nous et s'est vu proposer de partager la chambre en face occupée par un couple de bretons, Marion et Patrick à qui elle apprendra quelques mots d'arabe dans la soirée.
À bien des égards, Isabelle est bien d'accord avec moi pour penser que ce lieu ressemble plus à une auberge de jeunesse qu'à un couvent.
Qui plus est le couvent fait aussi office d'orphelinat. Comme si les quelques soeurs que nous croisons et qui lorgnent sur nous en souriant ne suffisaient pas, c'est à Xavier que revient la palme d'être le centre d'intérêt tout particulier d'une jeune syrienne de 19 printemps au visage typiquement sud-américain (les voies du Seigneur sont impénétrables et - ajout qui n'engage que moi - sa gestion des gênes encore plus) qui n'attend qu'une chose, qu'il aille prendre sa douche afin d'avoir la chance de le voir dans le couloir. Et pour cela, comme la gamine est assez calculatrice, elle fait mine de vouloir suivre une leçon d'anglais chez une locataire dont la chambre est juste en face des sanitaires.
Pas de bol, Xavier a préféré commencer à bricoler son vélo dans la chambre et c'est finalement moi qui vais me mouiller (au sens littéral, pas au sens figuré ;-)
Qu'à cela ne tienne, je me fais coincer au sortir de la pièce et ne doit probablement mon salut au bout d'un bon quart d'heure qu'à la promesse de l'inciter vivement à venir se doucher, ce que je ne manquerai pas de faire.
Et décidément j'ai vraiment pas une tête qui évoque la France puisque l'occupante de la chambre est persuadée que j'ai des origines tunisiennes. Cela ne me dérange pas une seconde compte tenu du pays mais enfin bon, palestinien à Tel Aviv, russe à Pékin ou encore tunisien à Maaloula, il faudra que j'ai une explication sérieuse avec mes aïeux ;-)

Encore un réveil aux aurores, il est… 11 heures passé. Cette vie est trop trop dure ; vraiment trop injuste (dixit Caliméro).

Nous passons l'après-midi à faire une balade à pied dans les alentours de Maaloula. Nous traversons un défilé célèbre pour les chrétiens puisqu'il serait l'oeuvre de Dieu et nous retrouvons dans la campagne qui borde la ville. Nous faisons quelques pas dans ce qui ressemble vaguement à une ferme et rencontrons le responsable des lieux, un jeune homme de 17 ans. Il nous invite à prendre le thé et nous le suivons dans son humble demeure. Et là quand je dis humble ce n'est pas un effet de style de romancier écrivant dans Arlequin pour faire pleurer dans les chaumières. C'est réellement une habitation modeste, ce qui n'enlève rien, bien au contraire, à la sympathie que peut nous inspirer ce garçon et ses compagnons venus nous rejoindre pour boire ce thé. Assis sur le rebord d'un des deux lits de l'unique pièce, nous attendons que l'eau bout en échangeant quelques phrases. Enfin… Surtout Xavier car mon arabe se limite à bonjour, au revoir et merci. C'est pas mal mais on fait pas la conversation avec seulement ça.
Une forte et soudaine odeur de caramel m'arrive aux narines alors que l'eau bouillie s'échappe de la théière. Je ne comprends que quelques minutes après, quand je commence à boire, que le sucre est déjà mélangé au thé dans la théière.

Le soir est arrivé assez vite (quel sournois celui-là ;-) et nous décidons de rester une nuit de plus au couvent pour ne pas rouler dans le noir.
Xavier prévient la soeur et lui demande si nous pourrions avoir une ristourne en échange d'un travail à accomplir ce soir ou demain matin. Elle acquiesce et nous nous voyons confié la tâche de dégager une fontaine de la neige qui s'y est accumulée il y a quelques jours pour la jeter par dessus le balcon directement sur le trottoir quatre étages plus bas. Ceci pour dire que je regardais toujours avant de vider mes seaux s'il n'y avait pas une cible, OUPS! Pardon, un passant qui jouerait les bonhommes de neige involontaires.
Mais le plus dingue dans cette ridicule anecdote c'est que la scène où, équipé de ma pelle, je décide de m'installer sur le tas de neige dans la fontaine même, je l'ai rêvé il y a quelques semaines ou quelques mois de cela et je m'étais dit alors que c'était vraiment un rêve totalement saugrenu.

Et une fois de plus, on vient nous proposer de dîner et bien que nous affirmons l'avoir déjà fait, nos petites orphelines viennent nous offrir un plat de frites vite avalées.

Massalama,

Yannick

* Les spécialistes me diront qu'il s'agissait peut être d'asphalte plutôt que de bitume mais comme je disais je ne l'ai heureusement pas vu d'assez près pour faire la différence.


Ali et son frère Mohamed ?Adeline qui parle arabe, anglais, turque, russe et yougoslave et a visité 24 pays
Torréfaction
mar de café
vapeur d'eau, condensation, froid
2 poursuites de chiens errants
station service
bruit des groupes électrogènes
Ayman le mécanicien de Ohms qui parle un peu anglais
photos, effigies et statues du président Afer... partout, partout, partout. (entrées des villes, vitres arrières des voitures)
départ 10h30
arrêt station service pour manger
arrêt au resto le Bagdad café pour dîner alors que la nuit s'installe
une petite pièce (- de 5 m2) en préfabriqué fait office de réserve et de cuisine. Nous y choisissons, où plutôt, Xavier marchande un plat de foul et une bouteille de cola. 2 tomates nous sont offertes.
La partie restaurant elle même est en fait une tente. La nuit est totale alors que nous entamons notre dîner.
Xavier réchauffe à tour de rôle les pains ronds sur le poêle tandis que nous mangeons. L'importante quantité d'huile versée dans la gamelle métallique contenant le foul est avidement saucé tellement nous avons faim. Alors que nous terminons, notre restaurateur dégage un petit tapis d'un coin de la tente, l'oriente vers la Mecque et fait sa prière puis le range avant de se rasseoir devant nous en tailleur.

Nous reprenons les vélos et faisons 500 mètres jusqu'à un poste de contrôle (de quoi ? No sé, si ce n'est que cela touche à la circulation des véhicules sur cette route dont la bifurcation se dirige vers Bagdad).

offre un thé puis des pommes, des clémentines et enfin un paquet tout neuf de cigarettes encore sous cellophane après que Xavier (Éric ici) en ait juste demandé une à un des occupants de cette baraque préfabriquée située à quelques mètres derrière la petite fabrication qui fait office de poste de contrôle.
Nous en profitons pour étoffer encore un peu notre vocabulaire.

Pas de photo de nos hôtes policiers, ce doit être trop compromettant probablement.

nuit à 7 degrés, la canicule quoi dans une baraque en aggloméré dont planche avec un grillage type moustiquaire fait office de porte quand on la pose dans l'encadrement qui devait certainement en avoir vu une vraie à l'origine, de porte.

Ils nous offre thé et pommes en guise de petit déjeuner.
Pas d'uniforme pour nos trois policiers.

Abdu nous montre un étui avec son pistolet pour confirmer son statut d'officier de police. Le holster porte deux rangées de cartouches.

Bonjour Michèle. Bonjour Nicole
les mêmes mots de français récités par Ayman.


4 Honda CBX 750 dans un poste de police moderne, relativement vide et esthétique (ce qui n'est pas une généralité ici)
maté (à aspirer)

petite séance de tournage improvisée de nos hôtes forts sympathiques et (mot pour exprimer qu'ils se prêtent bien volontiers à notre jeu avec patience et compréhension)
Au contraire des précédents, ceux-ci ne rechignent pas à être filmés.
Entre le style du bâtiment, les motos et certains, l'allure des motards et peut-être surtout une certaine décontraction pour ne pas dire nonchalance on a presque l'impression de se retrouver dans un épisode de la série 'Chip'. Nous nous garderons bien de leur dire car les américains n'ont en général pas bonne presse dans le pays.



JE L'AI FAIT. Je ne parle pas de Xavier car pour lui c'est du petit lait, mais j'ai réussi à parcourir dans la journée les 90 kilomètres qui nous séparaient de Palmyre. Et ce malgré deux petites séances de tournage supplémentaires sur la route (pour nous filmer en plein effort. ZUT! Ma trousse de maquillage est au fond de ma sacoche et Xav ne veut même pas m'accorder une minuscule heure pour me refaire une petite beauté. Le monstre ! Bouh! Je le hais ;-)

Nous passons quelques minutes à essayer de trouver Isabelle dans un café de la rue principale, en vain.

Visite des ruines de Palmyre.
Vision de 4x4 aux couleurs des Nations Unies utilisés pour le tourisme. Merci, toujours sympa de voir à quoi sont dépensés nos impôts.

Le soir nous voyons enfin débouler Isabelle que nous pensions arrivée bien avant nous et même à trépigner d'impatience chaque soir à six heures devant le musée, point de rendez-vous fixé avant notre séparation à Maaloula.
Mais non, elle a préféré se perdre dans le désert, passer un peu de temps tantôt avec des bédouins, tantôt avec des militaires. Vous pouvez même lui demander maintenant quelles sont les impressions et surtout le bruit quand on tire avec une Kalachnikov.
L'hôtel qu'elle choisit à l'avantage sur le nôtre d'avoir un peu d'eau chaude.
Et oui, nous avons bel et bien réussi à négocier un prix très raisonnable pour un établissement de bon standing, avec une pièce douche et toilette dans la chambre mais pas de bol, l'eau est désespérément glaciale.
Que les décorateurs d'intérieur ferment les yeux, la pose de la moquette dans hôtel vaut à elle seule le détour. Mélange de couleurs pourpre et vert clair dans la même pièce au gré des chutes disponibles, posées à même le carrelage sans colle, avec tantôt le rebord qui remonte sur cinq centimètres le long de la plinthe, tantôt un morceau nettement à cheval sur un autre pour faire le joint et, le plus souvent, un jour d'une bonne vingtaine de centimètres entre deux morceaux, surtout au niveau des portes.
Pour avoir vu rapidement l'intérieur d'une petite mosquée, j'en viens à penser qu'il règne une légère confusion dans la façon d'employer une moquette qui s'apparente plus ici à la façon de disposer des tapis pour essayer de recouvrir le plus de surface possible.

Pour en revenir à l'installation d'Isabelle (vélo sur le balcon), nous croisons dans le petit salon à l'entrée de son hôtel une petite troupe de quatre français que nous retrouverons un peu plus tard par hasard dans le restaurant choisi par Isabelle et avec qui nous partagerons le dîner. Ils sont étudiants en Arabe ou en Histoire à Damas et se sont octroyés une petite virée qui les a menés aux portes de l'Irak et dans différents sites touristiques pour finalement passer quelques heures à Palmyre.
Nous finissons la soirée dans leur chambre et accessoirement dans le couloir autour de bières, cahouètes, tablettes de chocolat, cigarettes locales que l'unanimité s'accorde à détester tout en refaisant le monde. Un modèle 'étudiant' bien rôdé transposé en ce lieu.

séance photos dans le théâtre des ruines de Palmyre. Trois touristes, probablement syriens sinon arabes, une théière (bouilloire ? ) et des verres à la main nous offrent spontanément un thé.
Je suis promu cameraman pour filmer, allongé à côté du départ des gradins en face de la scène, l'entrée triomphale bien que dénuée?autre terme? de nos randonneurs sur leurs fiers destriers.
Ma bicyclette est recyclée en corde à linge pour les vêtements de Xavier qui finissent de sécher tandis qu'Isabelle détermine le meilleur angle pour les prises que votre serviteur aura la responsabilité de transformer en photos après qu'elle ait rejoint Xavier pour prendre la pose tels des top-models aux côtés de leurs bicyclettes sur la scène vieille de près de 2000 ans.
Nous conclurons par une seconde prise de vue pour laquelle nos cyclistes ferons mine de passer devant le tétrapyle avec en arrière plan, juchée au sommet d'une haute colline escarpée la citadelle arabe de Palmyre.

Décidément, ma carrière de photographe démarre fort.
Alors que nous buvons un thé chez un vendeur de dattes, la spécialité de Palmyre (palmeraie, palmiers, dattiers, dattes), un parent du propriétaire nous vante la beauté de son bébé, son premier, donc forcément le plus beau de la terre.
Apprenant que j'ai sur moi un appareil photo, il me demande si je peux le prendre avec sa famille.
J'accepte et me laisse entraîner par Marmoud chez lui à 100 mètres de là.

Plus tard dans la soirée, Isabelle et Xavier ont rendez-vous avec un correspondant de la radio "La voix du peuple" dans l'hôtel où est descendue Isabelle (le New Tourist Hotel).
Une fois leurs voix enregistrées dans le petit magnétophone, nous sommes cordialement invités à boire un café.
Notre hôte journaliste nous introduit chez lui et nous présente tour à tour sa mère, son frère puis plus tard sa fille et sa femme qui rentrent au domicile. Un Nescafé (leitmotiv) au lait nous est offert alors qu'il transmet l'interview par téléphone.
Peu après, il nous demande non sans fierté de deviner l'âge de sa femme. Elle a juste 20 ans, s'est mariée à 13 ans, a eu son premier enfant à 15 ans et attendait incessamment le second.

Nous passons finalement une troisième nuit à Palmyre mais dans un autre hôtel moins cher mais surtout beaucoup mieux tenu et avec de l'eau chaude. Quel dommage de se mettre un réveil alors que l'isolement de notre chambre nous assure une nuit de toute tranquillité.

Le matin, nous allons chercher Isabelle et rejoignons la palmeraie sur nos bicyclettes. Nous arrivons à un petit dispensaire qui jouxte le temple de Bel. On demande la permission de pénétrer dans la minuscule enceinte qui compte trois ridicules (TROUVER PLUTÔT SYNONYMES DE PETIT) bâtiments en dur construits avec la participation de la croix rouge finlandaise, ce qu'indique une plaque fixée sur l'un des murs.
Nous demandons juste si nous pouvons passer quelques minutes pour petit déjeuner des falafels que nous avons apporté. Non seulement cela nous est accordé mais en plus on nous apporte des chaises de jardin alors que nous étions déjà confortablement assis contre les murs ou sur l'herbe. Et presque bien sûr nous avons à peine fini notre collation que l'on nous apporte des verres de thé sur un plateau.
Xavier décide de rester ici à bouquiner tandis qu'Isabelle accepte ma compagnie pour une visite de la palmeraie.
L'expression "l'arbre qui cache la forêt" prend ici tout son sens. De la route d'où nous sommes arrivés la palmeraie semble ne compter que quelques malheureux dattiers et palmiers mais en réalité ce sont des dizaines de parcelles (?vergers?) délimitées par des murs qui s'étendent en profondeur. À mi-chemin nous enjambons les débris d'un trou dans un mur et nous ???

déjeuner/brunch shawarmas et falafels puis courses et départ Palmyre

Partis tard, nous roulons à peine 30 kilomètres et jugeant que nous n'aurons pas le temps de rallier le plus proche village avant la tombée de la nuit, nous préférons profiter des derniers instants de clarté pour dresser correctement les tentes qu'Isa et Xav transportent sur leurs vélos.
Si je fais abstraction de l'armée, cela représente encore une grande première pour moi.
Je propose de jouer aux cowboys et aux indiens mais cette suggestion ne rencontre pas l'enthousiasme délirant que j'escomptais.
Les deux tentes montées, Isabelle entreprend de nous faire une plâtrée de spaghettis relevée d'un cube de bouillon et accompagné de pain et d'un saucisson épargné depuis Damas.
Tout ceci s'avère succulent et loin d'être terminé nous avons pour dessert clémentines, pommes, dattes, yaourt au lait de chèvre, patte d'abricot séchée et biscuits genre petits beurres (?marque?). Un vrai dîner de prolétaires ;-)
L'espace à l'intérieur de la tente est compté mais reste suffisant pour qu'à la lumière d'une torche frontale posée savamment en équilibre nous puissions bouquiner et même pianoter sur l'ordinateur lilliputien.

mardi 15/2

UNE JOURNÉE RICHE EN ÉMOTIONS

vraiment chaud
halte eau pain direction autour d'un camion

déjeuner/goûter sous une simili tente de bédouins (juste à hauteur du croisement du village vers lequel nous nous dirigeons) avec du pain et une corne d'abondance de pommes de terre et de thé
je me demande de quoi ils peuvent vivre et le chef de famille nous dit posséder 3000 moutons, ce qui nous laisse pantois pendant quelques instants.
Nous offrons quelques babioles en guise de remerciements pour cette hospitalité si spontanée et alors que je demande à Isa s'il n'est pas trop impoli d'avoir leur permission pour une photo, un nouveau venu m'épargne totalement ce genre de scrupule en me demandant si nous avons un appareil photo et en invitant toute la famille à prendre la pose à un simple hochement de confirmation de ma part.

Nous ne faisons à peine quelques centaines de mètres pour atteindre le village qui jalonne notre route

épicerie bague au doigt eau et nettoyage gamelle?écuelle attraction du moment

course de vélo entre Xav et un gamin dans une petite rue.
Isabelle joue les infirmières d'une quelconque ONG et s'en revient avec une véritable dégaine de secouriste tandis que Xavier regarde la bicyclette du blessé et que j'essaye de surveiller leurs bicyclettes rapidement entourées d'une soixante d'enfants et d'adolescents.
Départ sous les ovations et arrêt rapide imposé par Isa pour filmer les enfants qui courent à nos côtés alors que nous quittons le village.
L'essaim se désagrège alors que nous croisons les dernières maisons qui bordent la bourgade.
Encore une séance de tournage peu après la sortie, au sommet de la première colline grimpée. Je suis à nouveau enrôlé comme cameraman pour immortaliser une scène digne des plus beaux westerns, fabriquée de toute pièce pour profiter de la lumière et du paysage réunis.

Arrivée de nuit dans un village non loin de notre destination.


dîner avec le père à l'air peu commode en particulier d'un plat de raviolis au mouton
cours particulier d'anglais
écoute de World music sur Discman
apprentissage réussi du Palm avec Sliman

une 'vraie' ferme :
âne, moutons, chat, chien, coq...

"4 jours et 2 nuits et elles ne puent toujours pas." La réflexion matinale d'Isabelle qui hume ses chaussettes assise sur son duvet.

Nos 'tortionnaires' (pour nous avoir demandé ?quémandé? sur un ton mi-figue mi-raison 400 lires pour la nuit) qui n'en sont pas vraiment. Impression mitigée de notre part à tous.

aux abords du village des enfants s'affrontent dans des courses juchés fièrement sur leurs ânes.

plus de route cette fois ci, juste une piste puis le passage d'une petite dune sans aucune piste.
Au sommet, bain de chèvres pour enregistrement sur MD.

Franchissement de quelques dunes, tantôt sableuses, tantôt caillouteuses et souvent franchement rocailleuses. Le vent nous aide à l'aller, ce ne sera pas le cas au retour.

Nous atteignons assez rapidement les ruine du château Qasr al-Hayr al-Sharqi.
En fait assez promptement pour nous abriter de la modeste tempête de sable qui nous tombe dessus dans le quart d'heure qui suit. La sagesse nous dicte de dresser une tente pour bivouaquer au pied de ces murs plus que millénaires.

Notre festin ce soir sera composé du reste de saucisson sec entamé deux jours auparavant et de thon à l'huile orné de deux tomates avec un peu de sel. MAIS IL MANQUE DU PAIN ! Pour que le plat devienne un met de rois.

Enfin, confinés sous la tente, nous sacrifions à l'autel de notre seule gourmandise la moitié d'une énorme tablette de chocolat noir aux amandes introduite dans le pays à mon insu aux milieu de mes bagages par de complices parents et que nous traînons péniblement (pas tant à cause du poids ou même de l'encombrement mais bien de la tentation).

Petit déjeuner chez les bédouins

les minuscules aiguilles acérées des non moins minuscules épineux sur lesquels nous avons parfois roulé sur les flancs des dunes m'occasionneront trois crevaisons d'affilée.

Dîner (pommes de terre avec des morceaux de moutons) et dodo chez les bédouins et par conséquent petit déjeuner aussi (lait et fromage de chèvre)

halte 'forcée' à Al Kom dont les habitants et en particulier celui qui paraît être le plus aisé d'entre eux nous assoit de force autour d'une table apportée à bout de bras par un minuscule bout de choux et sur laquelle arrive en une fraction de seconde un grand plateau où tiennent difficilement d'étincelantes gamelles en Inox contenant d'imposantes sardines légèrement épicées, des olives à la grecque, du fromage de chèvre très salé présenté en longs filaments épais et aussi en grosses boules sur un lit d'huile d'olive (telles d'énormes boules de glace à la vanille), des aubergines aux piments, une sorte de sirop épais, presque la consistance de la confiture, de cerise avec les fruits dénoyautés baignant dedans et enfin de la confiture d'abricot.
Un régal. Et dire que nous insistions pour décliner leur invitation en tentant vainement de leur faire comprendre que nous voulions parcourir le maximum de distance jusqu'à la fin de la journée.
UN BRUNCH D'ENFER LES ENFANTS !


Nouveau village très joli, presque un village modèle, dont le style et les couleurs des maisons m'évoquent le Mexique.
Nous aurons vraiment du mal à revenir à Damas dans les délais. Et oui ! Nous sommes encore invité à dîner et à dormir chez l'habitant. Nous faisons mine de devoir continuer notre route après avoir trouvé quelques provisions à acheter mais devant l'absence de magasin de toute sorte et une telle insistance appuyée par de si magnifiques sourires nous rendons les armes et cédons.

Lait de BREBIS chaud à satiété, choux en salade, fromage (genre fromage blanc) et sorte de hachis de tomate mélangé avec une espèce de jaune d'oeuf brouillé et un assaisonnement léger. Encore une fois délicieux. Seul le chef de famille partage ce repas tandis que les femmes et les enfants sont assis sur deux côtés de la pièce en s'échangeant qui doivent beaucoup les divertir si l'on en juge par les nombreux fous rires qui fusent, ce qui nous amuse aussi et ne laisse pas le père de marbre puisqu'il esquisse volontiers un sourire.

FAIRE SES BESOINS DANS DES LATRINES À CIEL OUVERT PENDANT UNE TEMPÊTE DE SABLE !


visite des ruines de la cité fortifiée de Al-Rassafa dont les murs sont en gypse
l'intérieur de l'enceinte est tel un champ de bataille de la grande guerre d'une terre labourée par d'incessants bombardements. D'après le guide ils sont le fait de fouilles sauvages répétées ?à confirmer? et

Passage éclair à la périphérie de la première vraie ville depuis Palmyre, plus exactement chez un vendeur de falafels le temps d'en engloutir une demi-douzaine accompagnée d'ersatz de coca local, puis visite de trois marchands pour nous réapprovisionner en bonbons pour les enfants de nos hôtes, conserves diverses, fruits et légumes. Rien de bien exceptionnel, juste deux ou trois choses de chaque de quoi tenir 24 heures si l'on doit bivouaquer. (NDA : et je commence à connaître mes oiseaux, ils AIMENT camper.)

ILS M'AURONT TOUT FAIT !
TOUT JE VOUS DIS !
Nous revenons sur nos pas et pour cela n'hésitons pas à faire du camion-stop (c'est pas tricher puisque nous avons déjà fait la route, qui plus est avec un vent guère favorable).
Des JALOUFS ! (roulez le J à la manière de la jota espagnole.)
Comprenez une dizaine de moutons et chèvres parqués à l'arrière d'un gros camion conduit par trois bédouins extrêmement sympathiques qui hissent nos vélos en un ?tournemain et nous voilà partis à vive allure, cheveux au vent, dans la nuit maintenant tombée, pour environ 25 km en compagnie de nos amis à laine.

Débarqués devant les ruines de ?rassafa? Nous partons à la recherche d'un abri sous une pluie hésitante. Nous faisons à peine un kilomètre sur la route qui mène à Hama ou Homs en nous battant contre un vent à décorner les boucs (plus facile à trouver que les boeufs dans les parages) que, un peu découragé, je distingue quelques faibles lumières ?faiblardes?blafardes? de part et d'autres de la route juste à 100 mètres que j'espère vivement être celles de maisons. Mon espoir n'est pas déçu, nous quittons le bitume et distinguons des pavés qui s'apparentent effectivement à des habitations. Inutile de préciser que l'architecture est généralement plus que sommaire en dehors des villes.
Alo

NON ! JE NE SUIS DÉFINITIVEMENT PAS UN SADIQUE !

pas vu de mendiant en Syrie

première chose frappante en arrivant de nuit à Hama par une des hauteurs qui entourent la ville, ce sont les néons verts, couleur de l'islam?la religion musulmane, des nombreux minarets des mosquées de la ville.

ET VOUS SAVEZ QUOI ? ICI ON VOIT LES ÉTOILES LA NUIT VENUE... ET C'EST BEAU !

Salamiya
hama
palais Azem 12h 18h

plat de pâtes avant départ de Hama avec paquets donnés au restaurant, les 'macaroni' ne semblant pas être monnaie courante dans la restauration de cette ville.

La providence ! J'ai trouvé mon cantonnier, celui dont parle Fernand Raynaud dans le célèbre sketch du même nom. En fait il est cordonnier dans son village de Msyaf-Aen Hlhkem sur la route qui mène de Hama au Krach des Chevaliers.
Il se nomme Ghassan Deeb. Assis, tournant le dos à une antique machine à coudre Singer modèle Gold 21 achetée d'occasion il y a 30 ans dont on lance le mouvement par un tour de manivelle avec la main et que dont on entretient le rythme plus ou moins soutenu par un mouvement du pied, il nous joue un air de Ney.
Auparavant nous lui avons demandé l'hospitalité d'un petit bout de sol pour nos sacs de couchages et c'est avec une infinie gentillesse qu'il nous reçoit dans son modeste atelier minutieusement rangé qui nous servira de chambre. Il passe un peu d'eau sur une chaise en plastique qu'il essuie méticuleusement avant de l'installer à côté du poêle. Il nous offre un thé tandis que lui même se sert un maté.
frère : 5 ans études médecine à Moscou
femme de son frère : 5 ans études médecine à Paris
il fabrique aussi des nids et a plein de canaris en cage

les gouttes de pluie se muent en petits grêlons et nous louons notre bonne fortune de nous avoir arrêtée ici


nous laissons nos bicyclettes dans la station service sise au pied de la colline sur laquelle se dresse le Krak (faire un lien sur la définition du mot Krak, sur une photo, un plan et une description), acceptons bien volontier le café offert et prenons le minibus qui s'est justement arrêté pour faire le plein.
"Ne t'avais-je pas affirmé à maintes reprises que j'avais le cul bordé de nouilles !"

visite du Krak pour un vieillard et une étudiante

À notre retour à la station-service, non seulement on nous offre le thé et les communications téléphoniques que nous devons passer à Damas mais en plus la maîtresse de maison insiste fortement pour que nous restions dormir en nous montrant le ciel gris et en nous faisant comprendre qu'il est déjà un peu tard.

Duvets rangés, cadeaux offerts, nous enfourchons les vélos pour faire 500 mètres et retrouver l'autoroute qui mène vers Homs à 40 Km puis Damas 200 Km plus loin.
À peine avons nous parcouru 300 mètres qu'un camion nous charge et nous conduit jusqu'à Homs où il n'accepte de nous lâcher qu'en repartant avec la certitude que nous finirons notre trajet jusqu'à Damas en hob-hob, des bus colorés si vieux que Mathusalem lui-même aurait pu en emprunter.
Nous le rassurons et partons téléphoner et acheter quelques biscuits ET un paquet de lessive car il est bien connu qu'il est inconcevable de passer par Homs sans y acheter de la lessive.

"Le petit déjeuner n'était pas très copieux pour une fois.
- T'as raison, faudra penser à envoyer une lettre de réclamation.
- Maintenant ce qui serait bien c'est qu'on tombe sur un conducteur qui nous offre le restauroute."

je commence fortement à soupçonner les syriens d'être capables de lire dans mes pensées, à moins que mon air hagard ne laisse jamais de doute sur les problèmes ou les questions existentielles qui m'assaillent tels que "est-ce que le soda dans cette échoppe n'est pas trop cher ?"

Nous nous éloignons un peu de Homs et trouvons rapidement une camionnette dans laquelle deux jeunes gens forts sympathiques mais pour seulement 30 Km. Isabelle, à juste titre, estime que ce sera toujours cela de gagné et nous embarquons donc

En l'occurrence Salaam aleikoum FIN

retrouvailles avec Xav venu à vélo.

hébergements chez les filles que nous jugeons unanimement adorables.

Un zeste de nervosité devant l'apparente difficulté à rentrer en contact avec Maher qui a mon billet d'avion, mes clefs et d'autres affaires importantes.

"Ton 747 est avancé
- Dis pas n'importe quoi !
Je vais avoir un coucou comme à l'aller."

verdict : excédent de bagages jaugé de manière pifométrique à 10 Kg.
J'implore la pitié et la compréhension du

Il avait raison. Il ne doit pas y avoir plus de 30 passagers au départ de Damas et on nous entasse honteusement dans un minable 747.
Il doit probablement y avoir presque autant de personnel naviguant que de passagers.

ENCORE UN ÉNORME MERCI POUR CETTE BALLADE VRAIMENT GÉNIALE :-)